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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 56.djvu/811

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L’ÉVOLUTION DES DÉPENSES PRIVÉES.

d’hui un ménage analogue pour vivre dans un confortable très supérieur. Cela tient à ce que plusieurs des articles n’absorbent pas du tout en 1910 la part qui leur était faite en 1679 ; une partie de ces alimens a baissé de prix, une autre a changé de nature.

Le chiffre global de Mme de Maintenon est aussi fantaisiste, lorsqu’elle fixe à 44 400 francs, — 42 000 livres, — le coût annuel d’un train de maison où la table, l’éclairage et le chauffage entrent pour 20 700 francs, la toilette de Madame pour 3 450 francs, autant pour les gages et les livrées, autant pour le loyer et 10 350 francs « pour les habits de Monsieur, l’Opéra et autres dépenses. » Ce terme d’ « autres dépenses » se trouve ainsi comprendre en bloc vingt chapitres très importans : voyages, aumônes, éducation des enfans, nourriture des chevaux, entretien des voitures, ameublement, maisons de campagne, etc. Dans un budget du type de celui-ci, ils eussent dépassé de beaucoup la somme qui leur était réservée.

La situation pécuniaire de celui qui allait devenir le beau-frère de Louis XIV n’a d’ailleurs pas de quoi nous inquiéter. La veuve de Scarron, depuis cinq ans marquise et déjà fort à l’aise, annonce son intention d’accroître les crédits insuffisans par des cadeaux ou des subventions en espèces. Elle avait obtenu des fermiers généraux, en favorisant le renouvellement de leur bail, une pension de 64 000 francs pour ce frère chéri, qui tirait un revenu égal du gouvernement de Cognac et de plusieurs autres emplois. Avec ces 422000 francs de rente, d’Aubigné a pu braver sans peine les calculs erronés de sa sœur ; mais l’histoire s’est longtemps abusée en les acceptant les yeux fermés ; Voltaire lui-même, dans l’Homme aux 40 écus, s’y est laissé prendre.

Aux xviie et xviiie siècles, les grands seigneurs passaient des marchés, de deux à quatre ans, avec des pourvoyeurs qui s’engageaient à leur fournir, en quelque lieu de la France que ce fût, les denrées et marchandises nécessaires. L’un se chargeait de la viande et de la chandelle, l’autre du vin, du bois et du charbon, un troisième des fourrages ; il y en avait pour les oranges ou citrons et pour les habits de livrées. Les fournitures étaient payées tous les trois mois. Ce système était commode mais coûteux, bien que les quantités fussent minutieusement calculées et dosées. La maison du duc de Candale (4650), composée de 50 personnes, revenait en nourriture, chauffage et éclairage à