Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 56.djvu/72

Cette page n’a pas encore été corrigée
66
REVUE DES DEUX MONDES.

touche, un beau diamant, accompagné de l’offre d’allonger jusqu’à cinquante mille francs sa pension mensuelle. Dans la matinée, il faut aller chez l’Empereur lui souhaiter la bonne année. L’Empereur est expansif, jovial, et trouve moyen d’infliger à Murat une qualification nouvelle : « Eh bien ! avons-nous des nouvelles du fier-à-bras ? Est-il toujours en colère contre nous ? Nous aime-t-il toujours ?… » Il faut ensuite se remettre en attitude solennelle pour assister à la réception des grandes autorités, qui se fait cette année avec un déploiement extraordinaire de formalisme et d’étiquette. Le soir, Caroline dîne en famille chez Madame Mère, mais ses souffrances l’obligent à rentrer de bonne heure. Dans la journée, elle n’a pas manqué de passer chez le Roi de Rome et de lui faire porter ses étrennes, un chef-d’œuvre dans l’art des jouets : « une jolie petite calèche traînée par des moutons ; cette calèche était bleu et or ; on a mis le Roi de Rome dedans ; il était joli comme un amour, et il riait beaucoup de se voir dans cette petite voiture. »

À mesure que janvier se passe, Caroline, quoique réduite à vivre de lait, se retrouve assez forte pour paraître aux bals de cour et suivre l’Empereur à ses chasses. À Murat qui lui reproche de ne pas se ménager suffisamment, elle répond que les distractions lui sont recommandées par ordonnance de la Faculté ; les chasses d’ailleurs ont leur utilité : « C’est aux chasses seulement que je puis causer tout à mon aise avec l’Empereur ; jamais il n’est meilleur pour toi que dans ces momens-là et j’avoue que je ne laisse passer aucune occasion, car c’est alors qu’il me dit : « Eh bien ! madame l’ambassadrice, où sont vos parchemins ? Que me demandez-vous aujourd’hui pour notre Orlando ? » Enfin, c’est alors qu’il est gai et qu’on peut lui parler comme on le veut. »

Il changeait parfois de ton. En voyant le pauvre visage de Caroline et ses traits tirés, il la dorlotait de paroles vraiment touchantes ; il avait pour elle des mots de grand frère, attentif et protecteur : « Vous ne vous portez pas bien, vous êtes changée et très maigrie ; restez avec nous, guérissez-vous ; nous aurons bien soin de vous. »

En se mettant au régime combiné des soins et des distractions, Caroline obtient quelque amélioration de sa santé. Bientôt elle pourra profiter d’un beau jour de froid sec pour faire à pied un tour aux Champs-Elysées ; il lui arrive déjà de traverser à