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projet de loi avait été voté, tout se serait passé le mieux du monde. Alors, pourquoi le gouvernement n’a-t-il pas fait le plus petit effort pour le faire mettre à l’ordre du jour ? Nous reconnaissons d’ailleurs très volontiers que, si le projet avait été discuté à ce moment, il aurait rencontré peu de faveur dans les Chambres, non parce que les Chambres éprouvaient une tendresse particulière pour les liquidateurs, mais parce que c’était une mesure grave de dessaisir des juges au profit de fonctionnaires ; on ne pouvait le faire sans jeter sur la magistrature une suspicion que rien encore n’avait justifiée ; on avait une confiance en elle assez grande pour [croire qu’elle exercerait sur les Uqmdateurs une surveillance active et un contrôle efficace. C’était son devoir de le faire : il a bien fallu reconnaître depuis qu’elle ne l’avait pas rempli, peut-être parce qu’elle a cru s’apercevoir qu’on ne tenait pas essentiellement à ce qu’elle le remplît. On ne lui a pas demandé beaucoup de vigilance, elle en a donné peu. La faute principale n’en est pas au ministère actuel ; elle remonte beaucoup plus haut ; la plus lourde part en revient au ministère Combes, qui a commencé toutes ces liquidations et les a engagées dans la voie qui devait les conduire au point où [nous sommes. Il y a eu là un péché originel que M. Briand a étendu à tout le monde, afin que nul ne pût le reprocher à son voisin. Cependant tout le monde n’a pas consenti à s’avouer coupable, et un orateur républicain progressiste a dit éloquemment à M. le président du Conseil : — Parlez pour vous et pour les vôtres : quant a nous, nous n’avons ici aucune responsabilité. Le mal initial vient de ceux qui, après avoir montré le milliard des congrégations comme une proie facile, ont excité jusqu’au paroxysme les convoitises et les appétits. On a commencé, dès ce moment, à se préparer à la curée. Nous avons signalé alors le danger, on ne nous a pas crus. À chaque pas fait en avant, nous avons recommencé nos avertissemens qui sont restés toujours vains. Quoi d’étonnant si, pour certaines besognes, on n’a trouvé, en fin de compte, que certains hommes ? Mais nous qui nous sommes refusés à voter la dissolution en masse des [congrégations religieuses, qui avons dénoncé leurs dépouilles comme un élément de démoralisation, qui avons prédit tout ce qui est arrivé et l’avons flétri d’avance, nous repoussons la solidarité honteuse qu’on veut nous infliger. À chacun ses actes ; à chacun ses responsabilités ! — Le parti républicain progressiste et libéral avait le droit de faire entendre cette protestation indignée, et on comprend qu’il tienne à ce titre d’honneur.