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REVUE. — CHRONIQUE.

unanime. Mais tout cela n’est que du papier. Les préfets aujourd’hui, comme les procureurs de la République autrefois, lisent sans doute avec respect les lettres ministérielles et en apprécient la valeur littéraire, mais ils n’en tiennent pas le moindre compte. Les instructions données par M. Briand lorsqu’il était garde des Sceaux ont été, comme on dit au Palais, inopérantes. Dès le premier moment, les liquidateurs des congrégations, — on sait qu’ils sont au nombre de trois, — se sont sentis les maîtres. Nous ne savons pas ce que se sont permis les deux autres et nous attendons, avant de parler d’eux, d’être mieux renseignés à leur sujet. Mais, pour M. Duez, la cause est entendue bien que l’instruction se poursuive. M. Duez a tout avoué ; il a pris cinq millions dans sa caisse et on ne sait pas encore dans quelle proportion il les a fait servir à ses plaisirs, ou à des spéculations de Bourse. Peut-être ne le sait-il pas bien exactement lui-même. Quand tous ces détails ont été connus, U en est résulté, — on nous permettra de le dire sans vouloir porter atteinte à l’honneur de la corporation, — une certaine déconsidération contre les liquidateurs. Ce sentiment est peut-être injuste : il le serait certainement, si on le généralisait. Dans la discussion qui a eu lieu à la Chambre, M. Maurice Barrés a prononcé un mot très dur. — On ne pouvait trouver, a-t-il dit, que des « canailles » pour liquider les congrégations. — Le mot est excessif, mais il est certain que les opérations de ce genre, toute question religieuse mise à part, devaient répugner aux natures délicates, et nous avons vu, en effet, que certains liquidateurs ont refusé de s’y prêter. Ils ont préféré encourir quelque disgrâce auprès des autorités judiciaires. Le garde des Sceaux de cette époque, qui était M. Vallé, s’en est ému, car ces refus produisaient un mauvais effet, et il a recommandé aux tribunaux de ne s’adresser désormais qu’à des liquidateurs offrant toutes les garanties « professionnelles et politiques. » Il paraît que, dans cet ordre de garanties, on n’a pas trouvé mieux.

Nous ne nous attarderons pas aux débats qui ont eu lieu dans les Chambres : ils ont été bruyans, mais superficiels. Le rôle d’accusateur a été fort bien tenu] par M. Jaurès, qui ne manque jamais une occasion de dénoncer les abus de ce qu’il appelle la société capitaliste et bourgeoise. Quant au gouvernement, il a cherché à embrouiller les responsabilités en accusant tout le monde. Tout le monde, a assuré M. Briand, a failli dans cette affaire, et il a rappelé qu’à l’origine le gouvernement avait déposé un projet de loi pour enlever aux liquidateurs ordinaires les liquidations congréganistes et pour en charger l’administration de l’enregistrement. Il a conclu que, si ce