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LE ROI ET LA REINE DE NAPLES.

enfin quand je reconnaîtrai que le roi de Naples marche sincèrement dans le système de la France, alors je lui écrirai et je serai persuadé de toutes les assurances d’attachement qu’il me donne tous les j’ours. Le Roi me parle sans cesse d’attachement et d’amour pour moi, et avec cela il ne marche pas dans mon sens, il fait beaucoup de choses inconvenantes et contraires à mes vues, et il espère m’en imposer par ses lettres, parce qu’il connaît ma bonté ; mais aujourd’hui je ne veux plus croire à son attachement que sur des faits et non sur des paroles. »

« Tu vois maintenant, mon cher ami, que tout dépend de toi, et je suis persuadée que tu vas faire tout ce que désire l’Empereur, parce que c’est le seul moyen de regagner ses anciennes bontés. J’ai l’entière conviction, et je puis t’en répondre, que l’Empereur ne veut pas réunir Naples et il me l’a dit à plusieurs reprises, mais il m’a dit aussi plusieurs fois : « J’ai peur que votre dynastie ne règne pas à Naples, quoique je le désire beaucoup et de toute manière ; mais le Roi marche mal, il prend de fausses mesures, et je crains qu’il ne me force plus tard à une réunion que je ne désire pas. »

« L’Empereur sait tout sur Naples, il apprécie le bien et le mal qui s’y font, mais ne crois pas pour cela qu’il y ait des gens qui aient parlé contre toi. L’Empereur ne me parle que de faits connus, il ne juge que sur cela et point du tout sur des propos ridicules et sans fondement. Il m’a dit aussi : » Comment le Roi, qui dit m’être attaché, permet-il qu’on lui envoie de Paris des bulletins remplis de fausses nouvelles et écrits dans un mauvais sens, comme les recevrait un ennemi de la France ? »

« J’ai l’espoir qu’Aymé ne tardera pas à sortir [de prison] et j’’aurai bien du plaisir à t’en donner la première nouvelle…

« Je te remercie de tout ce que tu me dis d’aimable pour ma fête. Je ne regrette de tout ce qui a eu lieu que le dîner que j’’aurais fait avec toi et avec nos chers enfans, que je te prie d’embrasser bien tendrement pour moi. Ma santé est un peu meilleure, je me soigne beaucoup. On a grand tort de répandre à Naples que j’ai été mal reçue. L’Empereur m’a traitée à merveille, avec une bonté infinie, et je vais presque tous les jours à Saint-Cloud. L’Impératrice est parfaite pour moi. Il y a aujourd’hui dîner de famille. J’ai remis à l’Empereur les lettres que tu m’avais envoyées. Il te fera répondre.

« Je t’embrasse tendrement. »