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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 56.djvu/483

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REVUE. — CHRONIQUE.

Quoi qu’il en soit, nous marchons à grands pas vers la fin de cette législature dont l’histoire sera peu édifiante et qui aura si lourdement augmenté les charges du pays. Le Sénat aura beaucoup à travailler pour répondre à ce qu’on attend de lui. On ne sait vraiment comment il s’y prendra pour voter, en quelques semaines, la loi sur les retraites ouvrières qu’il discute en seconde lecture, la loi modifiant le tarif des douanes, et le budget. On compte avec raison sur sa bonne volonté, mais on ménage mal ses forces. Le pis est que la Chambre l’a fait exprès. Elle a prolongé au-delà de toute mesure sa discussion du budget pour abréger obligatoirement celle du Sénat, dont le contrôle sérieux n’aura pas le temps de s’exercer.


La réforme de la loi électorale provoque en ce moment en Prusse, et même, par contre-coup, dans d’autres parties de l’Allemagne, une vive agitation. Des manifestations d’un caractère tout nouveau se sont produites à Berlin. La police, qui autrefois y était crainte et encore plus respectée, y a été littéralement bafouée. C’est un fait dont il ne faut pas tirer des conséquences exagérées, mais qui mérite d’être observé et constaté.

Le prince de Bismarck, dans une de ces boutades qui lui étaient familières, a dit un jour que la loi électorale prussienne était la plus misérable qui fût au monde : nous ne nous serions pas permis une expression aussi sévère, mais il nous est permis de la recueillir sur les lèvres du grand chancelier. Cette loi électorale a effectivement un caractère archaïque qui étonne de notre temps : toutefois, il ne nous appartient pas de dire si elle convient, ou non, à la Prusse. Sans entrer dans les détails, nous nous contenterons de rappeler qu’elle divise les électeurs, suivant leur richesse, en trois catégories extrêmement inégales en nombre ; la plus pauvre est de beaucoup la plus considérable ; et chacune d’elles nomme des électeurs de manière à assurer aux plus riches une prépondérance écrasante. Ajoutons à cela que le vote est public au bleu d’être secret : autant dire qu’il n’est pas libre. Enfin les électeurs définitifs sont nommés par d’autres électeurs : en d’autres termes, l’élection n’est pas directe, elle est faite au second degré. Une loi nouvelle, depuis longtemps annoncée, a été présentée ; elle rend l’élection directe, avec de certaines garanties et atténuations, mais elle laisse subsister les autres dispositions, inégalité entre les électeurs, vote public. Ce projet a produit une fâcheuse impression quand il a été connu ; le parti socialiste en particulier l’a attaqué avec beaucoup de force ; mais M. de Bethmann-