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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 56.djvu/475

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




Quelques semaines à peine nous séparent des élections générales. Les élémens d’information nous manquent pour essayer de dire ce qu’elles seront ; les partis s’organisent dans les arrondissemens et se préparent à la lutte, mais à Paris on en parle peu. À quoi faut-il attribuer ce détachement relatif de ce qui, autrefois, passionnait si fort les esprits ? Peut-être à la lassitude qui suit des efforts et des déceptions multipliés ; peut-être aussi à l’intérêt amoindri qu’excite le Parlement. Pendant d’assez longues années il accaparait toute l’attention dans le monde politique ; depuis, d’autres institutions ont été créées et se sont développées, les syndicats ouvriers par exemple, et il a cessé d’être l’étoile polaire vers laquelle s’orientaient toutes les espérances. Certains de ses actes, et plus particulièrement celui par lequel il a élevé à 15 000 francs l’indemnité de ses membres, ont diminué sa considération. Sa régénération devrait être le premier de nos soucis. Mais, à l’inverse du sentiment général, le Parlement estime qu’il est très bien tel qu’il est ; la grande majorité de ses membres songe beaucoup moins à le régénérer qu’à le perpétuer, ou plutôt à s’y perpétuer ; et s’il faut pour cela maintenir sur le pays le réseau lourd et serré d’une administration qui n’a d’autre but et d’autre emploi que la pratique de la candidature officielle dans des conditions de cynisme inconnues jusqu’à ce jour, on le maintiendra. La République en sera déshonorée dans l’histoire, mais tout un personnel politique aura son existence prolongée pendant quelques années, et c’est là un intérêt qui prime tous les autres.

Quelques-uns de nos parlementaires, et non des moindres, viennent de déclarer qu’ils en avaient assez, et qu’ils ne solliciteraient pas le renouvellement de leur mandat. C’est le cas de M. Lasies, un des membres les plus spirituels de la minorité. Il y a eu assez souvent dans nos assemblées des hommes d’esprit comme lui, mais tous n’ont