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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 56.djvu/463

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Revues étrangères

UN NOUVEL AUTEUR DRAMATIQUE ALLEMAND : M. THADÉE RITTNER



Der dumme Jakob, un vol., Berlin, 1910 ; Unterwegs, ein Don-Juan Drama, un vol. Berlin, 1909.


Le château d’Allenstein a pour maître, — au moment où s’ouvre l’action de Jacques l’Imbécile, — un vieux garçon à demi abruti parle désœuvrement et la solitude. Non pas que Charles d’Allenstein ait toujours été le personnage oisif et inutile que nous voyons à présent. Revenu dans son château au lendemain de la mort de son père, il s’est voué de toute son âme à remettre en état le domaine familial ; à force de travail et d’économie, il a payé toutes les dettes de ses parens, s’est acquis une fortune assez considérable, et n’a enfin consenti à se reposer qu’après avoir dépensé trente années de sa vie à une tâche obstinée de fermier et d’éleveur de bétail, qui n’était point faite pour adoucir ni orner sa rudesse native. Maintenant il s’ennuie, se croit malade, et accable lourdement de sa mauvaise humeur toutes les personnes de son entourage. La première scène de la pièce nous le montre jouant aux dominos avec sa sœur, la baronne de Pasini, une dame maigre et sèche âgée d’environ quarante-cinq ans, qu’il a recueillie dans son château ainsi que son mari. La pauvre femme n’apporte guère d’entrain au jeu, et souffre visiblement des sarcasmes grossiers que lui prodigue son frère : mais nous sentons qu’elle a contre lui un autre grief plus profond, dont elle n’ose cependant lui parler qu’en de vagues allusions d’un ton aigre-doux. Et, en effet, la cause de ce grief nous est bientôt révélée. Une grande et belle jeune fille entre dans le salon,