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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 56.djvu/449

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Ce qui rend plus méritoire encore sa tentative de sauvetage moral, c’est qu’elle aime en secret Pierre Vigneul. Nous devinons que tout cela finira très bien, par un mariage ; mais que cela a donc commencé d’une façon pénible ! — Mlle Leconte a joué avec un tact, une sensibilité, et une adresse de tout premier ordre le rôle difficile de Denise.

La soirée s’est terminée par une charge d’atelier tout à fait désopilante : le Peintre exigeant de M. Tristan Bernard. C’est la caricature du faux artiste, persuadant de son génie un ménage de bourgeois et finissant par régenter toute la maison. Encore le grotesque M. Hotzoplotz se sert-il à bonnes fins de son prestige fascinateur, puisque, au lieu de se faire adjuger la fille de la maison, comme un simple Tartuffe il s’emploie au contraire à faire réussir le mariage de celle-ci avec un petit cousin. — M. Georges Berr a été infiniment amusant sous les traits de l’esthète baroque et a fortement contribué au succès de cette pochade.

On se souvient du brillant début que faisait, l’été dernier, un jeune auteur, M. Dario Niccodemi, en donnant le Refuge au Théâtre Réjane. Qui donc disait que tout le monde peut faire une bonne pièce (oh ! ce paradoxe ! ) mais que la difficulté commence à la seconde ? C’est, en l’espèce, la Flamme.

Antoine Dauvigny et sa femme Geneviève villégiaturent en Sicile, dans une villa, au bord de la mer, en compagnie de Françoise de Vigier. Cette Françoise de Vigier est la seconde femme de M. de Vigier, et M. de Vigier est le père de Geneviève. Donc Françoise est la belle-mère de Geneviève et, approximativement, celle d’Antoine. En Sicile, le ciel est bleu, l’air est pur, la nature est superbe. Mais on se lasse de tout, même des plus beaux paysages. Les locataires de la villa se sentent peu à peu envahis par cet ennui morne qui se dégage immanquablement de la contemplation prolongée de la nature. L’ennui est mauvais conseiller. Antoine Dauvigny et Françoise de Vigier s’avisent de tomber amoureux l’un de l’autre ; ou plutôt, Françoise s’éprend d’Antoine. C’est la Phèdre moderne. Moins farouche que l’Hippolyte antique, Antoine ne sait pas résister à de troublantes avances. Ce qui aggrave son cas, c’est qu’il doit tout, fortune, situation, à M. de Vigier. La circonstance atténuante, c’est le climat. Il faut le savoir : à peine êtes-vous depuis vingt-quatre heures sous ce ciel amollissant de la Sicile, c’est une nécessité que vous deveniez éperdument amoureux de celle-ci ou de celle-là. Et ces gens sont en Sicile depuis des mois. Qu’ils s’en aillent ! dites-vous. Mais s’en va-t-on comme on