Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 56.djvu/442

Cette page n’a pas encore été corrigée


surprise pour tout révéler, d’un bloc, au duc de Charance. Cette maison est extraordinaire ! Ce n’est pas une maison, c’est un moulin où l’on entre et d’où l’on sort, sans que personne y fasse attention. Donc, que Diane, à l’insu de tout le monde, soit devenue, ait continué d’être, soit restée la maîtresse d’Armaury, voilà le postulat que nous sommes bien forcés de subir, puisque toute la pièce en découle, mais que nous nous refusons catégoriquement à admettre. Car il n’est pas exact, en dépit de Sarcey, que nous devions nous incliner devant l’absurde, sous prétexte que l’absurde sert de point de départ à une pièce de théâtre.

Un fait est un fait. Devant la certitude de leur malheur, le duc et la duchesse de Charance n’ont plus qu’à se concerter sur la conduite à tenir. Ils ont fait venir un prêtre, l’abbé Roux. Ce prêtre conseille de mettre Diane au couvent. Il ne pouvait guère conseiller autre chose. Pour tirer de lui ce conseil prévu, ce n’était peut-être pas la peine de le déranger. Mais il est vrai que, dans le premier désarroi, on éprouve le besoin de recourir à une aide étrangère. Les infortunés parens se rangent à l’avis de l’abbé Roux, encore que la duchesse fût tentée d’incliner vers l’indulgence. C’est une personne faible, évidemment. Elle ne saura que gémir ou répéter la leçon apprise. On nous la donne même pour un peu ridicule. Et je ne vois pas bien l’utilité de ce dernier trait. Mais peu importe. Le duc de Charance a pris pour lui le rôle de justicier.

Il fait d’abord venir la coupable, et la soumet à un interrogatoire, qui pour nous-mêmes représente un pénible quart d’heure ; mais il va sans dire que la situation ne se prêtait pas aux émotions agréables. Diane, qui a essayé de s’enfermer dans un mutisme prudent, entre peu à peu dans la voie des aveux. Ça a commencé à Dinard ; ça a continué à Paris. C’est un adultère installé : ville et campagne. A mesure qu’il découvre le détail de cette horrible intrigue, le duc de Charance cède à une colère grandissante, injurie sa fille, la jette à terre, lui tord les poignets… Mettons, si vous le voulez, ces intempérances de langage et de geste sur le compte du courroux d’un père justement irrité.

Mais il y a une personne au monde vis-à-vis de qui le duc est tenu à une réserve, à une discrétion, ou tout au moins à des ménagemens, que lui imposent la pitié et le sentiment d’un commun désastre. Car il y a une personne aussi malheureuse que lui et dont la souffrance commande le respect, c’est la femme du séducteur, Mme Armaury. L’attitude du duc en présence de cette infortunée nous stupéfie. Ce que nous attendions, après la scène avec Diane, c’était une scène avec