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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 56.djvu/416

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REVUE DES DEUX MONDES.

faculté d’écrire, sa sœur la princesse Amélie annonça la catastrophe à la margrave de Bade. « Sa santé ne souffrira pas, je l’espère, de ce coup affreux. Elle est résignée, soumise à la volonté de Dieu, mais combien elle souffre ! Tant que sa pauvre enfant reste encore dans son appartement, elle ne la quitte presque pas ; elle a voulu la veiller cette dernière nuit : ce soir, à sept heures, elle sera transportée à Newsky. Nous avons passé la nuit dans sa chambre. Ce matin, elle l’a habillée, elle la placée elle-même dans son cercueil. Le cher petit ange n’est presque pas changé ; elle a conservé quelque trace de son doux sourire. » Le lendemain, c’est l’Impératrice qui tient la plume : « Maman, je suis bien malheureuse ; mais, vous aussi ma bonne, ma pauvre maman, combien vous devez l’être ! Ah ! si vous me donniez la permission de demander à Dieu la fin de mon supplice ! Je ne suis pourtant plus bonne à rien dans ce monde, mon âme n’aura plus la force de se relever de ce dernier coup ! Lisinka, cet ange adoré, sera enterrée, tout à côté de votre sœur (la première femme de Paul ier). Il ne restait plus que peu de place dans cette église, qui va renfermer les restes de mes deux enfans ; j’ai choisi celle-ci en pensant à vous, ma bonne maman. »

On aimerait à voir, dans ces circonstances, le mari se rapprocher de sa femme, le père mêler ses larmes à celles de la mère, lui apporter des consolations et lui en demander. Mais la correspondance, silencieuse en ce qui le concerne, ne permet pas de lui assigner ce rôle. C’est par Joseph de Maistre que nous savons qu’à cinq heures du matin, on était allé le réveiller.

« À cette heure, l’enfant qui était dans les bras de sa mère se jeta sur son épaule et ne remua plus. L’Impératrice crut que l’enfant se reposait ; un instant après, elle porta la main sur la tête de la petite qu’elle sentit couverte d’une sueur froide.

« — Ah ! ma chère Lise, tu me quittes.

« Elle était morte. »

Joseph de Maistre raconte encore que le chirurgien de l’Empereur essayant de le consoler en lui disant qu’il était jeune, ainsi que l’Impératrice, et qu’il devait espérer d’autres enfans, entendit cette réponse :

— Non, mon ami, Dieu n’aime pas mes enfans.

Ce n’est donc pas du côté de son mari qu’Élisabeth peut attendre quelque allégement à sa douleur. Elle le demande à la prière, à la méditation, à une activité plus grande pour dévelop-