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sa catholique « Reine Marie » que Knox a persécutée et torturée, la protestante Elisabeth qui a mis à mort la reine Marie. J’ai vu le gouvernement de la reine d’Angleterre s’associer aux fêtes commémoratives en l’honneur des héros écossais qui battirent les troupes d’Angleterre dans les plaines de Bannoekburn. Un même sentiment patriotique et national, un même respect de la tradition et du passé réconcilient des souvenirs qui ne s’opposent et ne s’excluent qu’au regard d’une intelligence acharnée à classer, étiqueter et séparer.

Le sentiment affirme ; il croit. Il croit que l’avenir prolonge le passé, le transforme et ne le détruit pas. Il croit que la marche des choses suit son cours et que la pente de ce cours est vers le bien. Il croit au progrès parce qu’il croit au triomphe final de la volonté de Dieu : Fiat voluntas tua


Cette volonté, nous l’atteignons par le devoir accompli et par la douleur. Elle est la source, la racine de notre être ; elle nous guide dans la vie, elle nous aide à mourir… Mais notre faiblesse demande le secours d’une vie humaine, d’une voix humaine… Sans Jésus, nous sommes des orphelins sur la terre. Et qu’importe encore ce que nous pensons sur lui, si seulement nous pensons à lui… Dans sa vie nous trouvons la solution de tous les mystères.


Cet idéal religieux, nous l’avons vu exposé dans Robert Elsmere. Nous avons vu ensuite que Mme Ward lui avait opposé un certain catholicisme, dans Helbeck de Bannisdale. Les autres romans nous ont montré des âmes aux prises avec la vie et modelées, façonnées par la force des choses selon cet idéal. Une telle œuvre est essentiellement morale et chrétienne et, en cela encore, elle est essentiellement anglaise.

Essentiellement anglais aussi, le talent littéraire qui s’y manifeste. Il est fait surtout, comme celui d’un Hardy, d’un Kipling, du contact immédiat, de la communion concrète avec la réalité. Certes, Mme Humphry Ward a le goût des idées ; elle les discute volontiers dans des romans qui sont conçus et conduits avec beaucoup d’intelligence. Mais l’intelligence est soutenue, orientée, dominée par un sens très vif des réalités concrètes qui leur donne, en même temps que leur signification, leur beauté.

C’est d’abord, comme chez tous les romanciers anglais, le sentiment de la nature, lu goût de ses spectacles, le désir de s’harmoniser avec ses énergies. Par-là des œuvres même dont