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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 56.djvu/386

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REVUE DES DEUX MONDES.

traditionnelle qui fuit le « gentleman ; « comme, au xviie siècle, un exquis mélange de culture, de politesse et de dignité composait l’ « honnête homme. » Celui-ci avait pour fonction essentielle de causer, de briller, d’être le modèle de la Cour et l’ornement de la Ville ; celui-là est destiné à l’action ; il appartient à une société qui se gouverne elle-même, se maintient et évolue par l’action sociale de ses aristocraties : noblesse, gentry, clergé, bonnes volontés individuelles ou groupes organisés en vue de telle fin bienfaisante.

Notons d’abord la forme toute concrète et immédiate que prend cette activité. À peine installé à la cure de Murewell, Robert Elsmere


… s’efforce de créer par tous les moyens, dans sa paroisse, un terrain plus favorable à la croissance normale de la plante humaine : clubs de jeunes gens et de jeunes filles, promenades dans la campagne avec les garçons du village qu’il intéressait aux bêtes et aux plantes, société de chant…


Dès que Marcella arrive à Mellor Park, elle s’occupe des tenanciers de son père, s’attache particulièrement à la famille de Jim Hurd, l’infirme, le déclassé, le braconnier, et, quand il a tué le garde-chasse, se jette avec une sorte de frénésie dans l’entreprise de le sauver. Elle a essayé aussi d’organiser d’une façon plus rémunératrice le tressage de la paille, qui est une des petites industries domestiques du village. Après l’exécution de Jim, l’échec de ses projets philanthropiques, la rupture de ses fiançailles, elle se relire à Londres comme infirmière. Plus tard enfin, quand elle est devenue lady Maxwell, elle fait de l’ancien manoir de sa famille un lieu de réunion pour les gens du pays, relève les salaires des ouvriers agricoles, séjourne par intervalles dans les quartiers pauvres de la capitale, afin de vivre en contact avec le peuple et de le bien connaître pour le mieux servir. Elle pense avec son mari, — et ce sont là des idées essentiellement anglaises, — que « le prodigieux accroissement de la puissance individuelle dû à la science depuis une centaine d’années ouvre un horizon immense à l’avenir de notre race ; » mais que « d’autre part, si la société ne parvient pas à maîtriser ce pouvoir en vue de fins plus hautes, si elle ne sait pas le moraliser, le socialiser, lui-même périra, et elle avec lui. »