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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 56.djvu/338

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REVUE DES DEUX MONDES.

… Tous les efforts que je fais ici échouent contre l’amour-propre anglais qui ne permet pas au ministère de consentir à la démolition des places jusqu’à ce que les troupes soient retirées, cela leur paraît une exigence humiliante : j’ai essayé de tous moyens, vis-à-vis de cette susceptibilité, ceux qui m’avaient jusqu’à présent réussi sont sans effet.

Adieu, mille amitiés. — Talleyrand.


22 mai.

Mon cher Général, il me semble que l’affaire de la Belgique est placée mieux qu’elle ne l’a encore été.

Le protocole d’aujourd’huy vous ôte toute inquiétude sur l’entrée des troupes de la Confédération dans le Luxembourg : vous y verres bien des facilités données à l’acceptation du prince Léopold, et ces facilités là étoient indispensables. Lord Ponsomby croit qu’il réussira à persuader aux Belges d’accepter les propositions nouvelles qui leur sont faites, faites-moi le plaisir de dire au général Belliard de me tenir au courant de ce qui se fera à Bruxelles ; j’ai plus de confiance dans ses lettres que dans celles de lord Ponsomby. Les courriers de lord Ponsomby se chargeraient de ses lettres. Belliard étoit le meilleur choix que vous puissiés faire pour la Belgique. Les Hollandois se plaignent beaucoup, mais il faut avant tout finir cette question belge : une fois terminée, vous serés bien à votre aise pour le reste des affaires.

— Je crois qu’il faudra pour donner du poids au prince Léopold le laisser agir seul dès qu’il aura pris pied sur le territoire belge, on l’aidera ! mais l’action véritable doit venir de lui.

Adieu. Mille amitiés. — Talleyrand.


19. Londres.

Mon cher Général, il faut sortir convenablement pour le monde de cette affaire des forteresses. Voilà l’idée qui m’est venue après une conférence fort longue et fort vive avec lord Grey.

Il faudroit que la Belgique refusât à sa ratification, et alors on donneroit au traité une forme de préliminaires, de commencement d’exécution telle que l’indique ma dépêche d’aujourd’huy — ainsi on parleroit de la destruction de Mons, d’Ath[1]

  1. Ath, ville du Hainaut, fortifiée dès le xiie siècle, augmentée par Charles-Quint puis par Vauban. Menin, fortifiée par Philippe II, prise par les Français en 1658, 1667, 1744, 1792 et 1794, occupée par la France de 1794 à 1814.