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REVUE. — CHRONIQUE.

en présence d’un projet de loi formel ; mais comme il est certain que les Lords ne le voteront pas, — les déclarations de M. Balfour et du marquis de Lansdowne ne laissent aucun doute à ce sujet, — que fera le gouvernement ? Se décidera-t-il alors à demander les garanties qui lui seront indispensables pour mater les Lords, et s’il les demande, les obtiendra-t-il ?

De quelles garanties s’agit-il donc ? Tout le monde en parle sans que personne les définisse. M. Asquith a dit qu’il ne pouvait s’agir que de dispositions législatives et qu’il ne saurait mêler le nom du Roi aux discussions de l’Assemblée. En effet, le Roi est intangible, il est couvert par ses conseillers, son nom ne doit pas être jeté dans un débat parlementaire. Néanmoins, aucune mesure législative n’est de nature, à notre connaissance, à venir à bout de la résistance des Lords : le Roi seul peut la briser s’il consent à faire une fournée de pairs assez nombreuse pour changer la majorité de la Chambre haute. Ses conseillers lui conseilleront-ils de la faire ? Peut-être y seront-ils obligés par les injonctions impérieuses de leurs alliés ; mais que le Roi y consente, c’est autre chose. Inonder, submerger les Lords, comme on dit, n’est pas un fait sans précédens ; toutefois, en aucun temps on n’a regardé comme possible de faire entrer d’un seul coup quatre cents membres nouveaux à la Chambre des Lords, et c’est le chiffre qu’on donne aujourd’hui comme nécessaire pour y changer la majorité. Il suffit pour caractériser la mesure. On pourrait comprendre, à la rigueur, que le Roi s’y résolût, s’y résignât, si les Lords résistaient à une volonté du pays manifestée par une majorité très considérable. On sait combien la situation est différente. En fait, la vraie Angleterre, quelque travaillée qu’elle ait été, n’a émis aucune opinion sur la Chambre des Lords : elle a laissé ce soin aux Irlandais et à un petit nombre de socialistes. Cela étant, on comprend les hésitations de M. Asquith ; mais on ne comprendrait pas celles du Roi, si la question lui était soumise. Le pays seul a le droit de condamner les Lords et il ne l’a point fait. Les violences des Irlandais et des socialistes finiront-elles par agir sur lui et par l’entraîner ? Rien n’est moins certain. Tout le monde est d’avis que la Chambre des Lords doit être réformée ; lord Lansdowne l’a dit nettement ; lord Rosebery l’a répété éloquemment ; si les libéraux voulaient s’entendre avec les conservateurs pour réformer en effet la Chambre haute dans une mesure raisonnable, probablement ils pourraient le faire. Mais les Irlandais, les socialistes et une partie des radicaux se proposent un but très différent. Ils ne veulent pas entendre parler d’une réforme qui, portant sur