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ment tire sa majorité hors des partis qui figurent dans ses conseils. Il n’a pas un mandat suffisant pour détruire la Constitution et établir une seule Chambre, ni pour faire le home rule. Il est inadmissible de soumettre la Chambre des Lords aux Communes dans toutes les occasions et de la priver de la parole au sujet des finances. » Ces paroles des deux leaders conservateurs font nettement apparaître les lignes de résistance qu’ils comptent opposer à l’assaut de leurs adversaires. La même netteté ne se trouve pas du côté du gouvernement. On attendait avec impatience ce que dirait M. Asquith. La préoccupation anxieuse des Irlandais, des socialistes, des radicaux, d’une partie des libéraux, — tous, sans doute, ne vont pas aux extrêmes, — était de savoir ce qui arriverait si les Lords se défendaient, comme ils le feront certainement, et cette préoccupation prenait la forme suivante : le gouvernement s’est-il assuré des « garanties » qui lui permettront de réaliser le programme qu’il a apporté dans la campagne électorale ? On a rappelé qu’au meeting d’Albert Hall, le 10 décembre dernier, M. Asquith s’était exprimé comme il suit : « Nous ne reprendrons et nous ne garderons le pouvoir qu’autant que nous obtiendrons les garanties que l’expérience prouve être nécessaires pour l’utilité législative et pour l’honneur du parti du progrès. » Sans doute cette phrase n’est pas un modèle de clarté, mais tout le monde l’a interprétée dans le même sens, à savoir que le ministère donnerait sa démission s’il n’obtenait pas des garanties efficaces pour vaincre la résistance des Lords. De qui pouvait-il les obtenir ? Du Roi évidemment. Les avait-il obtenues ? M. Asquith a déclaré qu’il ne les avait pas demandées parce qu’une telle demande lui avait paru pour le moment inutile. On juge de l’impression que sa déclaration a produite sur les bancs des Irlandais, des socialistes et des radicaux. En ce qui concerne l’ordre des travaux de l’Assemblée, le premier ministre a fait savoir que le gouvernement proposerait à la Chambre de voter d’abord le budget, puis, et avant qu’il fût soumis aux Lords, de voter une résolution relative aux pouvoirs de ces derniers. Le budget une fois voté, cette résolution serait changée en un bill, c’est-à-dire en un projet de loi qui suivrait la procédure parlementaire. Si M. Asquith a cru qu’en entremêlant ainsi les questions et les discussions, il satisferait ses alliés, il s’est trompé. M. Redmond a renouvelé fièrement ses exigences ; les socialistes ne se sont pas montrés moins intransigeans. Que vaudra, ont-ils dit, une résolution votée uniquement par la Chambre des Communes ? Rien ; ce sera une simple manifestation d’opinion ; la partie ne deviendra sérieuse que lorsqu’on sera