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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 56.djvu/215

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Un siècle d’art français
à Berlin

On n’a pas oublié ce pavillon allemand, qui fut une des surprises de la dernière Exposition universelle. Rien que des Chardin, des Pater, des Lancret, des Watteau : c’était exquis. Dans le capharnaüm mondial étalé aux bords de la Seine, excepté certaines salles féeriques du Petit Palais, où scintillait l’écrin confus du moyen âge, il n’y avait pas un coin où l’on fût plus à l’aise, pas un meilleur asile où sentir l’élégance et la grâce françaises.

Cette impression, je viens de la retrouver à Berlin, dans cette admirable exposition d’art français du XVIIIe siècle, ouverte, pour quelques jours encore, à l’Académie des Arts. On sent bien que le dessein même en aurait été impossible, sans l’assentiment du souverain ; sans sa participation, il lui aurait manqué, avec ses plus beaux ornemens, le meilleur de ses enseignemens et de sa signification. Ce n’aurait plus été alors qu’une exposition comme les autres, comme l’Exposition anglaise qui eut lieu il y a deux ans. Certes, elle n’eût pas laissé d’être encore fort intéressante : rien n’est indifférent de ce qui peut là-bas donner bonne opinion de nous. Mais enfin, ce n’était plus cette Exposition historique, où revit un chapitre du passé de deux grands pays. On ne saurait assez dire ce que le succès de l’entreprise doit à l’initiative de notre ambassadeur, M. Jules Cambon, et à son crédit personnel auprès de l’empereur d’Allemagne. Une part essentielle lui revient dans l’œuvre délicate qu’il a menée à bien. Il serait