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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 56.djvu/205

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LA TRANSFORMATION DE LA CHINE.

conseils départementaux et provinciaux en vue d’habituer les notables à l’exercice du gouvernement représentatif. Enfin, en décembre 1907, un édit annonçait que les lois constitutionnelles seraient promulguées dans un délai à fixer, subordonné à l’achèvement de la préparation de ces lois et à l’éducation politique du peuple. Ce délai a été précisé d’une manière solennelle dans les décrets d’adieux ou testamens publiés en janvier 1909 et adressés à leurs peuples par l’empereur Kouang-Siu et l’impératrice Tseu-Hsi. Dans ces dernières et suprêmes recommandations, les deux souverains tiennent à affirmer, chacun de son côté, la nécessité de préparer une constitution et de mettre à exécution les mesures de réforme prescrites pour chaque année, « afin que, disait textuellement l’Empereur, au bout de neuf ans une constitution puisse être proclamée, de manière à réaliser mes projets inachevés et que, dans ces conditions, mon âme reçoive au ciel quelque consolation. »

Ces édits ne sont pas restés à l’état de lettre morte. Dans ces derniers temps, ils ont reçu un commencement d’exécution, et par-là a été fait le premier pas de la Chine vers un régime constitutionnel avec deux Chambres, une Chambre des députés et un Sénat. Le 14 octobre 1909 s’est réunie dans chacune des dix-huit provinces de la Chine propre, dans les trois provinces de Mandchourie et dans la « Nouvelle Possession, » autrement dit le Turkestan chinois, une assemblée délibérative provinciale qui est, aux termes mêmes de ledit impérial, « à la fois une initiation du peuple au régime représentatif et un marchepied pour le futur Sénat. » Le nombre des membres de ces assemblées provinciales varie de 140 au Petchili à 30 dans le Kirin, chaque membre ayant été élu par environ mille voix. Le suffrage qui vient de nommer les nouveaux mandataires n’est pas universel ; il a pour base le cens et les capacités. Tout d’abord, on avait pensé, lors des études préliminaires de la Constitution, à ne conférer le droit civique qu’aux chefs de famille qui sont chefs du culte des ancêtres dans chaque famille, et qui, pour cette raison, jouissent sur les leurs d’une autorité pour ainsi dire sans limites. Rien n’était plus conforme au droit chinois, à la constitution sociale plus de quatre fois millénaire ; peut-être même eût-il été prudent de fixer ainsi une première étape. Mais l’esprit égalitaire d’Occident a prévalu : les électeurs des conseillers provinciaux sont tous les mâles âgés de plus de