Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 56.djvu/198

Cette page n’a pas encore été corrigée
192
REVUE DES DEUX MONDES.

quatre taëls dans l’armée active, un taël dans la première réserve, et un demi-taël dans la seconde. Sur cette somme il doit suffire à sa nourriture et assurer l’entretien de ses vêtemens et de son linge de corps, ce qu’il peut faire largement, étant donné qu’en Chine l’argent a plus de valeur que chez nous. Sur cette solde un taël est prélevé tous les mois et envoyé à la famille du soldat qui fait son service, et si ce dernier, trois mois après son incorporation, obtient une note satisfaisante à un examen, tous ses parens, s’ils possèdent moins de deux hectares de terre, sont exemptés de payer l’impôt foncier. Dans de telles conditions, il ne faut pas s’étonner si la population s’intéresse au succès de la réforme militaire et si certains parens n’ont plus de répugnance à avoir leurs fils sous les drapeaux. La famille se trouve en outre intéressée de la sorte à l’instruction et à la bonne conduite du jeune soldat.

Bien payé et mieux nourri, le soldat est logé dans des casernes, suffisamment confortables et reçoit par an six tenues, trois d’hiver et trois d’été. L’uniforme est le costume national, avec quelques attributs militaires, c’est-à-dire la blouse serrée à la taille par le ceinturon et le pantalon enfoncé dans des demi-bottes de cuir pour la guerre. La couleur est bleue ou noire pour la tenue d’hiver, kaki pour l’été. La cavalerie est armée de la lance, du sabre et de la carabine. L’infanterie a le fusil Mauser du calibre 7, 9 et le Murata japonais du calibre 6, 5. L’artillerie dispose de batteries à tir rapide du modèle Krupp, de batteries à tir rapide du Creuzot et de canons à tir accéléré du Japon. Cependant, comme ces fusils et ces canons de plusieurs modèles compliquaient beaucoup le ravitaillement en munitions, et que les uniformes présentaient aussi des différences, du fait même que la réorganisation des troupes avait été dirigée par divers vice-rois, il a été donné des ordres, à la suite des manœuvres de 1909, pour l’unification de l’armement et de l’habillement : un inspecteur général a été nommé pour assurer l’exécution de ces mesures.

En même temps qu’il mettait en vigueur et acclimatait progressivement une loi de recrutement destinée à lui donner un soldat sain au physique et au moral, le gouvernement chinois, instruit par les enseignemens de la guerre russo-japonaise comprenant l’inutilité d’avoir des troupes, dressées à l’européenne, tant qu’elles ne seraient pas commandées par des officiers