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LA TRANSFORMATION DE LA CHINE.

connaître des actions et percevoir les faits tangibles. C’est pourquoi, nous en tenant à une vue rigoureusement objective et générale, nous exposerons quels résultats ont été obtenus dans la voie des réformes, ce qu’est le mouvement réformiste, quelle est sa nature et son caractère, en quoi consiste sa force, quels sont les obstacles auxquels il se heurte et les difficultés avec lesquelles il est aux prises, et enfin à quel prix il a chance d’aboutir.


I

On peut dire, historiquement parlant, que la transformation de la Chine date du jour même qui vit le choc des deux civilisations jaune et européenne. Après avoir joui, sous la dynastie nationale des Ming, d’un degré de civilisation relativement avancée, la Chine était tombée, sous la domination mandchoue, en état de décadence. Ayant conquis la Mongolie, la Dzoungarie, le Turkestan, le Thibet, et n’ayant plus ainsi autour de ses vastes possessions que la mer, le désert et des monts à peu près infranchissables, le gouvernement nouveau, croyant n’avoir plus à redouter de péril extérieur, et convaincu que le seul danger pour l’Empereur, conquérant étranger, venait de ses sujets, n’avait pas eu de plus grande préoccupation que de détruire chez le peuple conquis toutes les énergies. Il s’était attaché d’abord à faire perdre tout esprit militaire aux Chinois. Les armes furent confisquées sous peine de mort à tout homme qui ne faisait pas partie de l’armée. Quant aux troupes chinoises que le faible effectif des troupes mandchoues et l’immense étendue de l’Empire obligèrent de conserver, tous les efforts furent faits pour provoquer leur déchéance militaire et morale et les y maintenir. Les grandes circonscriptions militaires établies sous les Ming furent abolies. Il n’y eut plus de direction centrale. Chaque vice-roi eut son armée qu’il fit instruire comme il l’entendit. Les soldats furent recrutés par la voie des engagemens dans la lie de la population, parmi les vagabonds et les meurt-de-faim incapables de gagner leur vie autrement et qui consentirent à servir pour une écuelle quotidienne de riz. Les officiers ne purent plus aspirer aux hauts grades militaires qui furent confiés à des mandarins civils ; on ne leur donna qu’une solde insuffisante, qui fut des plus irrégulièrement payées ; ils durent se contenter d’un rang inférieur et céder le pas aux mandarins civils. On