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LA CRUE DE LA SEINE.

Un exemple saisissant, parce qu’il est très simple, est fourni par les longues études dont a été l’objet la célèbre source de Vaucluse, qualifiée de nobilis par Pline l’Ancien et que Pétrarque a célébrée. Cette magnifique sortie d’eau, si puissante qu’elle peut à son émergence faire marcher des séries d’usines et de moulins, est le retour au jour de la pluie tombée sur la partie des causses qui la dominent et dont la paroi abrupte haute de 200 mètres, et barrant toute issue au voyageur, a valu au pays le nom qu’il porte (Vallis Clausa). On a depuis bien des années établi des pluviomètres sur le vaste plateau de la Montagne de Lure et un ingénieur local, M. Marius Bouvier, a montré le parallélisme de leurs indications avec celles que procure, au moyen du sorguomètre de Reboul, la mesure du volume de la source pendant le même temps. Le plateau est criblé de gouffres, dits avens ou tindouls, dans lesquels la pluie a toute facilité de pénétrer et dont on raconte encore qu’un berger, y ayant jadis perdu pied, la fontaine de Vaucluse, quelque temps après, rejeta le bâton du malheureux. Après les explorations qui ont été faites de certains avens, on peut dire qu’on a suivi sous terre la piste de l’eau infiltrée.

Il peut y avoir de semblables gouffres jusque dans le lit des rivières, et il en résulte des pertes d’eaux qui réapparaissent plus ou moins loin. C’est ainsi que le joli lac qui constitue l’origine du Loiret, au château de la Source, n’est que la résurgence d’une perte de la Loire constatée auprès du village de Bouteille. Lors d’un incendie qui, en 1901, détruisit à Pontarlier une grande distillerie, un millier de litres de liqueurs alcooliques s’écoulèrent dans le Doubs : deux jours plus tard, la grotte bien connue d’où sort la Loue se remplit de l’odeur de l’absinthe.

Dans la vallée de la Seine, les conditions de la circulation souterraine des eaux sont un peu différentes : on n’y voit point d’avens, mais seulement des calcaires abondamment fissurés comme la craie et où le passage des filets aqueux peut être rapide. Le plus souvent, les pertuis sont donc très étroits et même tout à fait capillaires, ce qui d’ailleurs est une bonne condition au point de vue pratique, en déterminant des filtrations dont les eaux ont à bénéficier.

Il faut en outre remarquer qu’une rivière comme la Seine, ou comme n’importe lequel de ses affluens, diffère de la Sorgue en ce qu’elle n’est pas l’arrivée au jour d’un cours d’eau tout