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REVUE DES DEUX MONDES.

Ce petit sillon, bordé de berges très peu surélevées, a bientôt fait, comme on le conçoit, d’appeler à lui et de dériver vers l’aval le peu de pluie qui imprègne son étroit bassin d’alimentation. Mais si, revenant sur nos pas, nous en redescendons le cours, nous ne tarderons pas à parvenir à des endroits où le drainage des berges demandera, non plus quelques minutes, mais une heure, puis plusieurs heures, puis plusieurs jours, parce que la surface du sol qui alimente le petit cours d’eau devient de plus en plus grande et la masse du terrain qui le surplombe de plus en plus épaisse. Le passage se fera sans aucune interruption : c’est par la transition la plus insensible que nous arriverons au confluent de la Maurienne avec la Superbe, puis au confluent de la Superbe avec l’Aube, puis au confluent de l’Aube avec la Seine. Et comme le phénomène de la régression des cours d’eau, qui détermine en particulier les captures, est des plus incontestables, on conclut de tout ceci que le réseau des vallées, des vallons et des ravinemens, même les plus petits d’un bassin hydrographique qui prend si exactement sur la carte l’aspect d’une branche végétale pressée dans un herbier, jouit d’un mode de croissance cantonné à l’extrémité de chacun de ses rameaux et qui ressemble singulièrement à la poussée des plantes.

On voit aussi que les filets d’eau ne sont pas seulement causés par la collection, dans un sillon, de l’eau de pluie qui a ruisselé sur la surface géométrique du sol, mais (pour une part variable d’un point à l’autre) par la réunion à cette eau sauvage du liquide qui a pénétré dans la terre et qui en ressort sur le flanc des dépressions. Il faudra revenir sur ce fait capital.

Une autre conséquence des observations que nous venons de faire est que les vallées de tous les ordres, dans des pays construits comme le bassin de la Seine, sont avant tout l’œuvre de la pluie. C’est seulement quand les sillons pluviaires, dont nous notions les débuts sur les allées des jardins, ont atteint une dimension suffisante, à la suite de pluies successives suffisamment nombreuses, que le filet d’eau de ruissellement et de dégorgement persistant pendant un temps supérieur à l’intervalle entre les averses donne lieu enfin à un ruisseau ou à une rivière.

Enfin, et c’est la dernière conclusion de l’ensemble des faits résumés ci-dessus, la rivière n’est qu’un élément linéaire d’une