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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 56.djvu/163

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LA CRUE DE LA SEINE.

tout à l’heure, a reçu en même temps et d’une manière intermittente, les coulées de très nombreux volcans. Cette circonstance a suffi pour lui donner un caractère tout à fait spécial.

En effet, les coulées de volcans aujourd’hui éteints occupent invariablement, en Auvergne, des sommets de collines. Ainsi, de la place de Jaude, en pleine ville de Clermont-Ferrand, on aperçoit, à peu de distance, l’illustre sommet de Gergovie où Vercingétorix sauva l’honneur de nos aïeux. Eli bien ! Gergovie est formée d’une table de lave basaltique, supportée par un piédestal d’une centaine de mètres de hauteur de roches sédimentaires pareilles à celles qui composent le sol des régions voisines. Or, ce basalte sortant du cratère qui l’a rejeté à l’époque tertiaire la plus récente a nécessairement suivi quelque ravin pour s’écouler : la roche fondue se comporte en effet comme tous les liquides et conformément au spectacle que nous donnent à chaque éruption les volcans aujourd’hui actifs. Donc, depuis que le basalte s’est déversé sur la campagne de Clermont, le paysage a subi de singulières transformations ; les collines qui enserraient le ravin dans lequel s’était fait l’épanchement de lave ont disparu, et même leur emplacement est aujourd’hui en creux de 150 mètres, par rapport à la roche ignée.

Quant à la cause de cette érosion gigantesque, elle ne saurait être recherchée dans les violens courans d’eau auxquels nous avons fait plus haut allusion : la substance qui supporte la lave, faite de marne et de calcaire argileux, est si facilement délayable qu’un semblable courant ne mettrait pas longtemps à faire disparaître Gergovie, qui s’écroulerait tout entière. L’auteur de la métamorphose du paysage, c’est la pluie, et c’est ce que déjà, à la fin du XVIIIe siècle, avait reconnu Montlosier, gentilhomme auvergnat qui a laissé, sur ce sujet, un volume des plus remarquables (Essai de la théorie des volcans d’Auvergne, 1881) C’est aussi ce qui a été confirmé successivement, en 1819, par le lithologiste français d’Aubuisson de Voisin (Traité de Géognosie) et quelques années plus tard, d’une manière décisive, par Poulett Scrope dans sa Geology and extinct volcanocs of Central France (1827).

Mais le cas de Gergovie est loin d’être isolé ; il reçoit une confirmation décisive du témoignage de la foule de localités qui l’entourent et où l’on voit varier, en même temps, l’antiquité de l’éruption fournissant la roche fondue et la valeur métrique