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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 56.djvu/141

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LA MORT DE TALLEYRAND.

indispensable satisfaction qu’il lui avait promise et qu’elle le conjurait, par ma bouche, de ne plus différer à lui donner.

Ces paroles étaient vives, pressantes ; en les disant, ma voix était animée ; je n’étais plus le maître de mon zèle ; j’étais pressé du besoin d’arracher cette âme à une mort effrayante, à un danger pire que la mort, au péril de mourir dans un repentir commencé, mais imparfait. Ma conscience m’eût reproché une faiblesse comme un crime, et je dois le dire, j’aurais trahi les désirs mêmes du malade qui m’entendait. Car je n’oublierai jamais le véritable épanouissement de reconnaissance qui se peignait sur son visage, la bienheureuse avidité de son regard, tandis qu’il m’écoutait : « Oui, oui, je veux tout cela, » me dit-il, en m’offrant sa main et saisissant la mienne avec la plus sensible émotion : « Je le veux, vous le savez, je vous l’ai déjà dit, je l’ai dit à Mme de Dino. » Et, continuant la conversation intime de la veille, faisant justice complète de sa vie entière, il eût immédiatement commencé l’œuvre de sa réconciliation avec Dieu, si je ne lui avais fait observer que sa confession ne pouvait s’achever qu’après sa déclaration, préliminaire indispensable de sa réconciliation avec Dieu devant l’Eglise. « C’est juste, me répondit-il : alors je veux voir Mme de Dino ; je veux relire ces deux actes avec elle ; je veux y ajouter quelque chose ; et nous terminerons ensuite. » Il y avait de la force dans sa voix, quand il me parlait ainsi, et cette pensée me consola un peu de ce nouveau retardement, auquel j’espérais du reste un terme prochain…

… Vers le milieu du jour, le malade parut tranquille. Depuis notre entretien du matin, je l’avais revu plusieurs fois ; et, comme je craignais de le fatiguer, je lui parlais peu, me contentant de prier à côté de lui, de réciter mon bréviaire ou mon chapelet, et de lui demander par intervalles si ses douleurs trouvaient quelque soulagement. « Vous me faites du bien, me répétait-il souvent, vous me faites du bien ! » Il ajouta même une fois : « J’aurais déjà fait ce que je vous ai promis si je ne souffrais pas tant. »

J’engageai cependant Mme la duchesse de Dino à aller conférer avec lui de l’affaire de sa rétractation, sur laquelle il m’avait déclaré vouloir s’entendre une dernière fois avec elle. Je renonce à vous dire avec quels battemens de cœur j’attendais l’issue de cet entretien. Quelle cruelle anxiété parmi toute cette famille