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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 56.djvu/116

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REVUE DES DEUX MONDES.

Vienne et Pétersbourg, est particulièrement redoutable pour eux. Dans un conflit entre l’Autriche et la Russie, ils seraient nécessairement entraînés ; leur existence même serait en jeu ; c’est dans cette crainte qu’ils complètent leur armement et fortifient les points stratégiques. Le port d’Antivari, libéré des entraves de l’article 29, a reçu l’été dernier toute une cargaison de grosses pièces de position, de batteries de montagne, de munitions, cadeau du Tsar à son allié.

La guerre, pour le Monténégro, c’est le risque, mais c’est aussi la possibilité du gain, l’espoir d’un avenir meilleur ; la paix sera peut-être le dépérissement, la mort lente. Dans les conditions actuelles de la vie des peuples, le Monténégro ne peut vivre qu’artificiellement ; le budget des recettes est insignifiant et l’État ne subvient à ses dépenses que grâce à des subsides étrangers ; le commerce est à peu près nul, l’agriculture manque de terres ; la population va en décroissant, malgré la fécondité des mères, par l’émigration. La pauvreté, la gêne, sont partout, jusque dans le palais princier. Depuis longtemps le gouvernement insiste auprès de la Turquie pour qu’elle procède à une régularisation du cours de la Bojana que les alluvions du Drin ensablent ; ce travail aurait pour effet d’abaisser le niveau du lac de Scutari et de rendre à la culture de belles plaines aujourd’hui noyées, dont Monténégrins et Ottomans profiteraient. Pour le Monténégro, ce serait peut-être, au moins momentanément, le salut. Les Turcs, jusqu’ici, ont fait la sourde oreille. Les cartons de l’ingénieur du vilayet, à Scutari, sont remplis de beaux plans, qui n’en sortent pas. La diplomatie autrichienne, dit-on, s’emploierait à les y faire rester : l’Autriche n’a pas intérêt au développement, du Monténégro qu’elle espère tenir un jour à sa merci ; elle leurre le gouvernement princier d’un traité de commerce qui n’aboutit jamais ; elle fait tout le trafic sur les côtes ; le chiffre de ses importations au Monténégro est, à lui tout seul, quatre fois plus fort que le chiffre total des exportations de la Principauté ; elle va ouvrir, à Spizza, un port franc pour annihiler celui d’Antivari. Cettigne, perchée au milieu de ses montagnes, était la forteresse naturelle d’un peuple de proie ; elle ne saurait demeurer la capitale d’un Etat vivant pacifiquement de son travail ; elle restera la ville sainte, la Moscou de la Principauté, mais il faut créer Pétersbourg à Antivari ou à Podgoritza. Tels sont les angoissans problèmes qui se posent pour les Monténégrins. Ils ne