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LE MONTENEGRO ET SON PRINCE.

le Monténégro sut, avec l’appui des grandes puissances, obtenir de l’Autriche des avantages importans. La crise de l’hiver 1908-1909 passée, une nouvelle affaire n’allait pas tarder à éclater.

Vers le milieu du mois de septembre dernier, on commence à parler mystérieusement d’un complot qui aurait éclaté à Kolaschin (près de la frontière du sandjak) ; des officiers auraient tenté d’entraîner leurs hommes et d’enlever le dépôt d’armes de Kraila. Le ministre de l’Intérieur, M. Plamenatz, — qui passe pour être le moins éclairé et le plus implacable des conseillers du prince, — se rend sur les lieux et fait opérer de nombreuses arrestations. Complot serbe, disent les uns, suite de l’affaire des bombes, tentative pour délivrer les prisonniers : on aurait trouvé sur l’un des officiers arrêtés des lettres de l’Asha Nenadovitch, un parent du roi Pierre, dont il fut déjà question au procès des bombes. Complot autrichien, ripostent les autres : on a vu un agent de la légation d’Autriche en conversation, sur une route déserte, avec un certain commandant Mitrovitch qui, à la première alarme, passa la frontière. Du procès, on ne sut rien ; il fut jugé sommairement, loin de Cettigne ; il y eut onze condamnations à mort, dont six par contumace. Le lieutenant Ginovitch, le porte-drapeau Yoyitch, le kmed (maire) Radeitch furent fusillés à Andriévitza ; le même jour, le lieutenant Mitrovitch et le fournisseur de l’armée Ylia Bojen Petrovitch subirent le même sort à Podgoritza. L’exécution eut lieu en plein midi, sur la place du marché, en présence d’une foule qui criait : « Vivo le Prince ! » L’un des officiers fusillés était le beau-frère de M. Radovitch, ayant épousé sa sœur. À Belgrade, à la nouvelle de l’exécution, des bandes de manifestans parcourent les rues et protestent violemment contre la rigueur du prince Nicolas.

À la même époque, on raconta qu’une échauffourée s’était produite à la prison de Podgoritza. Le condamné. Radovitch, disent les officieux, aurait été malmené par ses codétenus qui l’accusaient de les avoir entraînés dans le complot des bombes et qui auraient cherché à l’assommer, croyant ainsi rendre leur grâce plus prochaine. La rixe, répondent les autres, a été préparée, soit pour faire tuer sur place le prisonnier, soit pour le séparer— de ses compagnons et permettre, quelque jour, de le faire plus aisément disparaître. Lui mort, les autres condamnés seraient graciés ; car c’est lui que l’on veut garder en prison et