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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 56.djvu/112

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REVUE DES DEUX MONDES.

sortit le procès d’Agram, et a fait carrière de dénonciateur. De l’avis général, Nastitch est un personnage louche ; il passe pour un agent provocateur au service de qui le paie, que ce soit Vienne, Budapest ou le ban de Croatie. Si l’on se rappelle qui, à cette époque, avait intérêt à brouiller Cettigne avec Belgrade et à dénoncer l’existence d’une vaste intrigue serbe au Monténégro comme en Croatie et en Bosnie, et si l’on songe à l’intervention, inattendue tout au moins pour le public, de Nastitch au procès des bombes, on se demande, en vérité, si, à travers les obscurs détours de toutes ces affaires, on ne tient pas un fil conducteur.

Le 28 juin 1908 l’arrêt de la Cour est rendu. Deux accusés présens, parmi lesquels n’est pas Raicovitch, sont condamnés à mort, quatre le sont par contumace. Les autres accusés sont condamnés à des peines variant de la réclusion à perpétuité à six années de la même peine. M. Radovitch a quinze ans de réclusion. Le prince gracie les condamnés à la peine capitale. Deux des condamnés à mort par contumace étaient en prison à Cattaro. Ils y sont jugés, quinze jours après le verdict de Cettigne, par le tribunal de la ville qui reçoit communication de la procédure de la cour monténégrine. Ils sont acquittés.

Le parti « national-libéral, » au Monténégro, est anéanti. Le ministre de Serbie à Cettigne, installé depuis quelques mois seulement, quitte le Monténégro. Le procès d’Agram va commencer. L’annexion de la Bosnie-Herzégovine est proche. Tels sont les événemens qui suivent le procès des bombes : quelques-uns en sont la conséquence directe, et l’on jugera peut-être que les autres ne sont pas sans corrélation avec lui.

Nous avons déjà dit ici[1] comment l’émotion provoquée dans tous les pays de langue serbe par l’annexion de la Bosnie (7 octobre 1908) eut pour conséquence de réconcilier, non pas le peuple monténégrin et le peuple serbe, dont les sympathies ont toujours été très vives, mais les dynasties et les gouvernemens des deux pays. On crut généralement que cet élan de fraternité panserbe entraînerait la grâce des condamnés de Juin : il n’en fut rien. La réconciliation fut plus bruyante que sincère ; atténués par des nécessités patriotiques plus fortes, les ressentimens anciens subsistaient. Nous avons dit plus haut comment

  1. Voyez la Revue du 15 décembre 1908.