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LE MONTENEGRO ET SON PRINCE.

dernier titre, il apparaît comme la préface du procès d’Agram, dont nous aurons à parler ici quelque jour. Ce double procès est greffé sur une affaire de bombes, assez obscure par elle-même, qu’il faut d’abord raconter.

Un soir d’octobre 1907, un ouvrier typographe nommé Raicovitch, venant de Serbie par Cattaro, arrive à Cettigne, avec un panier contenant plusieurs bombes. Il se rend, avec son fardeau, à une petite auberge qu’il trouve pleine de monde, de lumières et de chants : on y veillait, à la mode serbe, un enfant mort. Voilà notre homme fort empêtré ; il confie son embarras à un ami qui lui conseille de porter son fardeau au ministère de l’Intérieur. Excellent conseil, que Raicovitch s’empresse de suivre ! Au ministère, on reçoit les bombes, et ce n’est que vingt-quatre heures après que l’on s’avise d’arrêter le porteur. Il s’accuse lui-même et dénonce ses complices qui, les uns par la frontière du sandjak, les autres par Antivari, devaient apporter d’autres bombes. Effectivement, ils sont arrêtés sans difficultés. C’étaient, pour la plupart, de très jeunes étudians et quelques ouvriers, à la fois anarchistes et nationalistes ; ils faisaient partie, disait-on, d’un groupement dont le prince héritier de Serbie, Georges, encourageait les tendances et connaissait les desseins. Le plan aurait été de tuer le prince Nicolas et ses fils. Les conjurés auraient voulu, par-là, réaliser l’unité de tous les Serbes, soit, disent les uns, au profit des Karageorges, soit, prétendent d’autres, au profit du prince héritier de Monténégro, Danilo, que l’on aurait proclamé à la place de son père. Il y eut, plus tard, à la Skoupchtina monténégrine, de violens débats où ces hypothèses furent ouvertement émises ; la dynastie serbe et particulièrement le prince Georges furent désignés comme les instigateurs du complot. Accusation invraisemblable, car le prince Nicolas est le grand-père du prince Georges et, à l’époque où les attentats devaient être commis, la princesse Hélène, fille du roi Pierre, était au palais de Cettigne auprès de son grand-père, et c’est ce moment que son frère aurait choisi pour faire sauter le palais ! Il est difficile de croire à tant de noirceur. Ceux qui affirment qu’il a existé un véritable complot, l’attribuent à de jeunes zélateurs du panserbisme, dont le prince héritier aurait connu les tendances générales, mais non les projets criminels. La dynamite venait réellement de Serbie ; les conjurés auraient réussi à se la procurer en déclarant qu’ils voulaient