Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 56.djvu/103

Cette page n’a pas encore été corrigée
97
LE MONTENEGRO ET SON PRINCE.

réunit sur sa tête l’autorité des vladikas et les fonctions des gouverneurs civils supprimés par Pierre II. Nicolas lui-même, en 1879, supprima le Sénat et le remplaça par un ministère composé de cinq personnes nommées par lui et responsables devant lui seul. Quels mobiles ont donc pu décider le prince, déjà au seuil de la vieillesse, à faire spontanément, sans qu’aucun vœu lui ait été présenté, l’essai d’un régime nouveau ?

« La Constitution, a dit le prince, est exclusivement l’enfant de mon âme. » C’est donc d’abord dans ses actes et ses discours publics qu’il faut chercher la raison de cet enfantement inattendu.

« Tout homme appartenant à une société cultivée doit en même temps être un citoyen libre, » ainsi commence la proclamation par laquelle Nicolas annonce à son peuple sa résolution. Ayant modernisé l’administration, le code, la justice, l’instruction, sans toutefois toucher aux principes traditionnels et fondamentaux sur lesquels est fondée l’autorité, sans rien renier de l’héritage de ses ancêtres, il crut le moment venu de donner à son pays figure tout à fait moderne en le dotant d’un Parlement.


L’autocratisme était une nécessité historique ; cette ère fut remplie de labeurs, de résultats et de gloire,… mais aujourd’hui, le temps de l’autocratisme est révolu pour le Monténégro,… les peuples qui nous ont devancés dans la voie de la civilisation nous serviront d’exemple. Nous prendrons dans leur système politique toutes les améliorations justifiées par l’expérience et, par une application progressive, nous remédierons à ce qu’il pourrait y avoir d’imparfait dans nos coutumes patriarcales… Je veux, dans la plénitude de mon indépendance, vous accorder certains droits qui vous permettent de collaborer aux affaires de l’État. Je laisse à mes héritiers le soin d’en assurer le développement raisonnable selon l’exigence des temps. Les droits que je vous consens aujourd’hui ne dépassent pas une certaine limite, mais ils n’apporteront aucune déception aux espérances raisonnables. (Discours du trône.)


En dehors de ces motifs d’ordre général, le prince n’a-t-il pas eu quelques raisons plus immédiates, plus personnelles aussi peut-être ? Bien qu’il n’ait pas communiqué ses idées de derrière la tête, serait-il téméraire d’essayer de les deviner ? On trouverait peut-être d’abord une question financière. La « modernisation » du Monténégro demande beaucoup de capitaux, et les banques prennent plus facilement un emprunt lorsqu’il est voté et garanti par un Parlement. N’y aurait-il pas, en outre, une raison d’intérêt politique ? Le Monténégro était le seul pays chrétien