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inspirait qu’admiration et que sympathie. Ils en aimaient le courage, l’esprit d’entreprise, l’empressement à s’assimiler en toute espèce de domaine les derniers progrès. Ils se souvenaient d’avoir, les premiers, en 1854, rouvert au commerce international ce pays qui y était fermé depuis deux siècles, et ils étaient fiers du chemin qu’il avait parcouru depuis. Un peu avant qu’il n’entrât en guerre avec la Russie, en 1903, je les avais trouvés pleins de sympathie pour lui et indignés de l’obstination que mettait Pétersbourg à ne pas tenir son engagement d’évacuer la Mandchourie. Ils avaient applaudi aux victoires nippones et aux démarches efficaces de leur Président pour rétablir la paix. S’ils avaient commencé, au moment du traité de Portsmouth et en serrant les problèmes de plus près, à comprendre que les Japonais, libérés par la défaite russe de leur plus grand souci du côté asiatique, pourraient bien désormais diriger leurs efforts sur l’autre versant du Pacifique, ils n’en avaient pas moins continué d’entretenir avec eux les relations les plus amicales, et ils avaient, malgré l’importance de leur colonie à Séoul, retiré, les premiers de tous, pour complaire à Tokio, le représentant qu’ils entretenaient auprès de l’empereur de Corée. Des remerciemens officiels furent adressés, à ce propos, au gouvernement des Etats-Unis pour « les dispositions amicales dont il témoignait une fois de plus ; » et, en retour, l’amitié nippone saisit avec empressement les occasions de se manifester que lui offrirent, un peu plus tard, les voyages de miss Roosevelt, des financiers américains qui avaient joué un rôle si important à l’époque de la guerre, et du secrétaire Taft, considéré déjà comme futur Président.

Chez ceux qui ne jugent encore de la marche des affaires humaines que par les attitudes des personnages officiels ou par les arrangemens, même sincères, qui se concluent dans les chancelleries, la surprise dut donc être grande lorsque, à la fin de 1906, il leur fut révélé soudain qu’entre le Japon et les Etats-Unis des difficultés telles venaient de surgir en Californie, qu’on se demandait si elles n’entraîneraient pas un appel immédiat aux armes. Qu’était-il donc survenu de si grave ? Simplement un arrêté du Conseil de l’Education à San Francisco, ordonnant « d’envoyer tous les enfants chinois, japonais ou coréens à l’écolo orientale publique, » c’est-à-dire, au fond, prenant les mesures qu’il avait annoncées l’année précédente, pour « ne pas exposer les enfans américains au contact des élèves de race mongole. »