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d’utilité nationale ; les représentans du suffrage socialiste s’attachent plus à satisfaire ses passions qu’à soutenir la production nationale ; les députés des ports se font les auxiliaires des ouvriers d’État contre le pouvoir, plutôt que les tuteurs d’une des forces nationales. La cause de la marine n’a pas été seulement désertée par la masse irresponsable, mais trahie par ses défenseurs naturels.

Les frais du protectionnisme. — La répercussion des lois protectionnistes sur la marine marchande ne saurait être mise en doute : elle frappe tous les yeux. Renchérissement des instrumens du travail maritime : bateaux, fournitures, ports, outillage, — et des marchandises ; élévation des dépenses de personnel ; fermeture des débouchés extérieurs : tout y concourt à la ruine du commerce maritime. Ce qu’on sait moins, c’est de quel poids le même protectionnisme pèse sur la marine de guerre. Il la diminue en quantité et en qualité. Quels que soient les besoins lointains de la politique navale, ils ne reçoivent satisfaction que sur une part étroitement limitée du budget. L’économie est donc obligatoire. Mais plus s’élève le coût de production de l’unité navale, plus cet esprit d’économie engage à renoncer aux perfectionnemens dont le rendement militaire semble insuffisant pour leur prix. C’est un luxe, ce sont des primeurs dont les besogneux se privent. Il y a donc certains progrès qu’un faible accroissement des frais de production suffit à interdire. Quand on produit cher l’instrument de combat, il n’en résulte pas seulement une charge supplémentaire pour le pays, obligé de dépenser davantage pour être armé, il en résulte encore une certaine infériorité d’armement. Un équilibre s’établit entre le désir de la perfection à tout prix et celui de l’assurance à prix fixe.

C’est notre cas : nous payons le bateau de guerre, en vertu du protectionnisme, plus cher que nos rivaux. Il serait héroïque, mais ruineux, de n’y pas regarder. On y regarde, et nous faisons de la camelote, ce qui est la pire des spéculations militaires. C’est ainsi que, voulant avoir le nombre, nous construisons des bateaux trop petits pour les puissances de combat qu’il faudrait y loger. Quant au personnel naval, il subit plus gravement encore que le matériel la dépréciation du bon marché : non que nos officiers ou nos hommes aient jamais démérité, mais l’utilisation en reste incomplète ; les écoles ne sont pas dotées ; les services