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à cette atténuation de certaines peines, le congrès de Mannheim ajoutait tout de suite l’abolition complète de toutes celles qui frappent actuellement les mendians, les vagabonds, les gens sans domicile. Motion surprenante, même, et je dirais presque surtout pour qui se place au point de vue des intérêts particuliers du travail et des droits spéciaux du travailleur. Le congrès veut la protection de la classe ouvrière « contre l’abus et l’exploitation de son état nécessiteux. » S’il eût été moins tenté de guerroyer contre les riches et de se créer contre eux des alliances quelconques, il eût compris que les mendians et les vagabonds et les gens sans domicile multiplient singulièrement les abus et aggravent lourdement « l’exploitation de l’état nécessiteux » des travailleurs. Enivrés de l’idée de la lutte de classes, ils entendent traiter leurs dissidens avec la sévérité d’une nation envers ses traîtres. Parmi les articles déjà rédigés de leur code pénal est celui-ci : « Reconnaissance garantie du droit d’occuper son poste de grève. » « Son poste de grève, » on sait ce que cela veut dire. C’est le poste de combat d’où l’on doit surveiller les peureux ou les récalcitrans et lyncher ceux qui, désertant le drapeau rouge ou noir, compromettent le succès final. Ici, c’est bien la classe ouvrière, — en apparence, — en réalité, la minorité dirigeante de cette classe, — qui prétend se réserver à son profit exclusif quelques-unes des armes mêmes de nos vieux codes.

Parmi ces armes, il en est qu’ils renoncent à employer. Ils sont pour l’abolition de la peine de mort et entendent restreindre l’emprisonnement le plus possible. En retour, ils comptent beaucoup sur l’amende, et, le code pénal venant ici en aide aux législations civiles et financières, ils comptent bien en faire un instrument de nivellement. Les peines privatives de la liberté de courte durée pourront être remplacées par des peines pécuniaires. Mais, d’un côté, l’amende sera proportionnée aux revenus des coupables ; d’un autre, il sera interdit de transformer en peine privative de la liberté une peine pécuniaire qui n’aura pas pu « être amenée à exécution. » Les uns seront ainsi dégrevés de toute pénalité, tandis que la pénalité des autres sera progressive. C’est bien un même système qui doit présider à l’échelle des impôts et à celle des peines. Dans un cas comme dans l’autre, on retourne simplement ce que d’autres auraient voulu mieux aménager. Autrement dit, à des injustices nées des contingences et du hasard et que les hommes de bon sens s’efforçaient de