Page:Revue des Deux Mondes - 1909 - tome 49.djvu/176

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.




NOSTALGIE POSTHUME


Quand ma chair sera morte éclora-t-il des roses ?
Ferez-vous naître encor toutes ces douces choses,
Mon Dieu, dont la beauté suave m’émeut tant ?
Laisserez-vous, au seuil du cher logis constant,
La clématite pendre avec la campanule ?
Quand mon corps, que déjà l’extase ailée annule.
Sera l’humble poussière éparse aux vents sacrés,
Des graines qu’ici-bas, mon Dieu, vous sèmerez,
Germera-t-il toujours des moissons radieuses
Et des bouquets de plus et des forêts d’yeuses ?
Ah ! penser qu’après moi d’autres rêveurs viendront.
Dont la brise des soirs caressera le front !
Qu’une aube grandira, chastement attendrie,
Pour qu’avec d’autres yeux la clarté se marie !
Savoir que sur mes os à jamais desséchés.
Que sur mon sang tari qui roula des péchés,
Que sur mon crâne impur qu’en vain l’eau du ciel lave,
Que sur mon faible cœur qui fut sans trêve esclave,
Sur tout mon être enfin par vous seul aboli
Doit s’amasser moins d’ombre, ô mon Dieu, que d’oubli,
Pourquoi donc, si telle est la détresse où nous sommes.
Accordez-vous l’amour et la pensée aux hommes !...


LEONCE DEPONT.