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HYMNE A L’AUTOMNE


Caresses des derniers soleils, rayons suprêmes,
Quelque chose revit de mon être en vous-mêmes.
Quelque chose du vierge émoi des temps anciens
Évoque les chers yeux, les traits patriciens
De Celle dont l’image enfantine est gravée
Dans la part de mon âme aux âmes réservée ;
Et l’apparition si discrète, en ce jour
Imprégné de silence et parfumé d’amour,
La noble vision par miracle surgie
M’éveille enfin de quelque étrange léthargie.
Oh ! comme j’ai dormi longuement ! Est-ce moi,
En qui subsiste à peine un vestige de foi.
Que la candeur du songe idéal hante encore,
Et qui sens de nouveau dans ma poitrine éclore
Ce nid de souvenirs dont j’écoute les chants
Glorifier l’Automne aux suaves couchans ?
Est-ce moi qui retrouve en la saison pâlie
Ces restes de chimère et de mélancolie ?
Qui, pareil à Lazare et las d’avoir souffert.
Sors de la nuit muette et du sépulcre ouvert ?
Est-ce moi qu’une telle ivresse ressuscite ?
Qui, dans l’harmonieuse intimité du site
Où vécut ma jeunesse exemple de soucis,
Goûte une trêve à tant de regrets adoucis ?...
Tiède Automne, ô langueur des choses finissantes,
O feuilles, qui jonchez les routes et les sentes ;
Grands oiseaux migrateurs, que la brume des soirs
Voit fuir avec la nue en longs triangles noirs,
Puisqu’il me fut permis, avant de disparaître,
D’adorer, comme adore agenouillé le prêtre ;
Puisque avant de mourir. Automne, il m’est donné
D’être par un reflet d’aurore illuminé,
Sois bénie, ô saison des soupirs et des plaintes,
Où les fières douleurs se ravivent plus saintes.
Automne, lent déclin de tout, sois célébré
Par la pieuse Lyre et l’Aède inspiré.
Que les temps à venir, que les races futures