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Et je n’ai qu’à laisser l’ombre envahir les cieux,
Caressante et frôleuse et molle d’harmonies,
Pour que renaisse avec des grâces infinies
La fraîche illusion des jours délicieux.

Je me sens attendri, ce soir, par tant de choses,
Dont je croyais, dans un nostalgique passé,
L’image évanouie et le charme effacé,
Que, pour les mieux revoir, j’ai les paupières closes.

Et, pénétré d’extase et de recueillement,
Je demeure ébloui de si vierges lumières,
Que, pour en adorer les puretés premières.
Mes yeux restent fermés religieusement.

Quelle ancienne candeur s’épanche goutte à goutte
Et lave ainsi mon front terni par le péché ?
Quelle rosée apporte à mon cœur desséché
La chaste volupté qu’avec ivresse il goûte ?

Sans douté, ô soir, en qui ma tristesse s’endort,
Le souvenir émeut plus que le bonheur même,
Et tout rêve aboli garde un parfum suprême,
Comme une herbe fauchée embaume après sa mort.


DÉSESPOIR


J’ai tant prié, Seigneur, que mes genoux meurtris
Sont las de s’écorcher à la terre farouche.
La plainte qui longtemps s’exhala de ma bouche.
Vous n’en eûtes pas plus pitié que de mes cris.

Joignant mes faibles mains, tendant mes. bras proscrits,
Errant le jour, la nuit sur mon ardente couche,
En vain j’ai supplie le ciel, que rien ne touche,
Puisque rien n’allégea les maux que je souffris.