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qu’il avait reçues de l’empereur de Russie par l’entremise de Daschkoff.

Le bâtiment, qui portait Parish, effectua une traversée heureuse et rapide et le déposa à Hambourg, qu’occupait alors le corps d’armée de Davoust. Mais, le voyageur se vit arrêter par des consignes rigoureuses résultant de l’état de guerre ; on ne lui permit pas de passer en Suède, ce qui le décida à repartir immédiatement pour l’Amérique. Dès son retour, il avertissait Moreau « que le despotisme du maréchal Davoust l’avait empêché d’aller à Stockholm. » Moreau serait donc resté dans l’ignorance des intentions de Bernadette, s’il n’avait eu connaissance à l’improviste d’une lettre de Mme de Staël à ses correspondans d’Amérique. Etant alors en Suède, elle les chargeait de lui dire que le prince royal désirait le voir et le demandait à tous les échos. Sa réponse à cette invitation, à la date du 6 mai, prouve que l’avis qui venait de lui être donné précipita ses résolutions.

Après avoir reproduit sa première lettre, il faisait part à Bernadotte des propositions de la Russie et, présumant que sa femme n’était plus en France, il annonçait son départ pour la mi-juin. « Je suis prêt, ajoutait-il, à pénétrer en France à la tête des troupes françaises ; mais je ne vous dissimule pas ma répugnance d’y marcher à la tête des troupes étrangères. Quel gouvernement devrait-on établir si on détruit celui qui existe ? J’ignore quelles sont les opinions dominantes, dans un pays royalisé depuis dix ans ; quant à moi, je suis parfaitement libre et sans préjugés ; et si la nation désire les Bourbons, avec lesquels je n’ai jamais eu l’ombre de rapport, malgré la fameuse conspiration, je les verrais reprendre le gouvernement avec plaisir, sous des conditions qui assurassent la liberté personnelle des Français, garantie par quelques corps intermédiaires assez puissans pour arrêter l’ambition et l’avidité des courtisans ; je crois même que c’est le seul moyen d’en finir.

« J’apprends qu’ils ont envoyé un agent à Saint-Pétersbourg, peut-être avec l’espoir d’y enrôler quelques Français. Je ne désirerais nullement combattre sous cette bannière, qui jusqu’à présent n’a pas été heureuse en révolutions ; et puis, je ne voudrais jamais me charger d’être l’instrument d’aucune vengeance particulière. »

Il apparaît clairement dans cette lettre que, lorsque Moreau