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entente qui existait si heureusement entre nos deux pays ! Je ne puis le comprendre. Guizot s’est conduit honteusement et sans la moindre bonne foi. Nos protestations ont été faites. Je ressens plus que jamais la perte de notre précieux Peel.

Je désire, très cher oncle, que vous n’alliez pas du tout à Paris en ce moment.


La reine Victoria au roi des Belges.


Château de Windsor, 6 octobre 1846.

Mon très cher oncle,

Je vous remercie beaucoup pour votre dernière et aimable lettre de Gais, le 23. On laisse étourdiment cette malheureuse affaire espagnole continuer et notre entente a été brisée de gaieté de cœur ! Je le regrette, et ressens profondément l’ingratitude qui nous est témoignée ; car, — sans nous vanter, — je peux dire qu’ils n’ont jamais eu d’ami plus sincère que nous, un ami qui prenait toujours leur défense… Notre amitié pour les enfans durera toujours, mais comment pourrons-nous jamais nous sentir de nouveau à notre aise avec L. P. ? La conduite de Guizot dépasse en ignominie tout ce qu’on peut croire : sa malhonnêteté est digne de mépris. Molé et Thiers disent tous deux qu’il ne peut pas rester. C’est aujourd’hui la fête du Roi, mais je trouve qu’il vaut mieux ne pas lui écrire, car dire de bonnes paroles en ce moment serait faire de l’ironie. Mon cœur saigne pour, ma bien-aimée Louise ; c’est si triste !… Je m’arrête, vous demandant de me croire toujours votre nièce dévouée.


Le roi des Belges à la reine Victoria.


Tuileries, 15 janvier 1847.

Ma très chère Victoria,

Je suis heureux d’apprendre ce que vous me dites au sujet de vos sentimens sur ces ennuis politiques. Je puis vous assurer que bien des gens qui sont, en fait, complètement indifférens à la politique, renchérissent sur leurs expressions de haine et de mépris, seulement parce qu’ils croient que vous partagez leurs