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Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 38.djvu/99

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profiter de nos embarras intérieurs pour donner au conflit une solution élégante, reconnaître nos droits, et répondre à notre modération ? Il était permis de l’espérer. Le 10 mars, le comte Cassini télégraphiait que l’entente était certaine ; et, le 11, le roi d’Italie, en recevant M. Barrère, ambassadeur de France, qui venait lui remettre la lettre par laquelle M. Fallières lui notifiait son élection à la présidence de la République, lui disait qu’il considérait l’accord définitif comme imminent.

Les choses en étaient là, lorsque, le dimanche 11 mars, dans l’après-midi, sir Arthur Nicolson alla voir M. de Radowitz. Le plénipotentiaire anglais, convaincu comme tout le monde que le cadre des concessions mutuelles était arrêté dans l’esprit des deux parties, félicita son collègue de ses concessions de la veille, puis lui dit : « Il n’y a plus maintenant que l’attribution de Casablanca aux Suisses qui soit inadmissible pour la France. Donnez-lui la satisfaction d’y renoncer, puisqu’elle vous donne, à vous, l’inspection : et tout sera fini. » Avec une vive surprise, sir Arthur, qui s’attendait à une adhésion immédiate, rencontra un tout autre accueil. M. de Radowitz trouvait naturel que la France fît une concession à l’Allemagne en acceptant l’inspection. Il n’admettait plus que l’Allemagne dût, en échange, faire une concession à la France en acceptant la suppression de la police suisse à Casablanca. — Mon gouvernement, déclarait-il, a dit son dernier mot. — Ce dernier mot, c’était le projet autrichien tel quel, avec l’inspecteur et la police suisse à Casablanca ; c’était à prendre ou à laisser.

Le soir même et le lendemain lundi 12, M. White, le comte Cassini, le duc d’Almodovar venaient, à leur tour, voir leur collègue allemand. Il était plus catégorique encore. Il ne se contentait plus d’affirmer que ses instructions étaient irrévocables. Il déclarait qu’on les lui avait renouvelées le 11, et, s’engageant lui-même, il donnait « sa parole d’honneur » qu’il ne s’agissait point là d’un bluff et d’un marchandage, mais de renonciation réfléchie d’une résolution inébranlable. Le lundi soir, il se rendait chez sir Arthur Nicolson. Et comme celui-ci insistait, lui montrait l’illogisme blessant de l’exigence maintenue pour Casablanca, lui rappelait ses paroles du 10, lui demandait enfin ce que l’Allemagne avait, suivant ses propres expressions, « pris du projet français, » puisqu’elle s’en tenait au projet autrichien ne varietur, M. de Radowitz répondait : « Que voulez-vous ? Je