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leurs ? S’il en est ainsi, leur dit M. Clemenceau, « la loyauté vous commande de renoncer d’abord à prendre rang dans l’ordre de choses dont vous poursuivez l’anéantissement. La France, en tout cas, ne saurait vous livrer ses enfans pour vous permettre d’expérimenter sur eux le sabotage des jeunes intelligences. »

La lettre du Comité et celle de M. Clemenceau ont été écrites indépendamment l’une de l’autre, mais il est probable que la première a précipité les résolutions du gouvernement. Qui sait si celle de M. Clemenceau n’était pas simplement une admonestation paternelle, à sa manière ? Elle se terminait par ces mots qui ne sont pas exempts d’optimisme : « J’aime à penser que ces simples observations vous rappelleront au respect de la loi. » Après la lettre du Comité, cet optimisme, s’il s’était maintenu, aurait mérité un autre nom. Le gouvernement s’est ému. Il a décidé que les divers ministres ou sous-secrétaires d’État feraient appeler ceux de leurs fonctionnaires qui avaient signé la Lettre du Comité et leur demanderaient s’ils en prenaient effectivement la responsabilité. Le premier interrogé a été M. Nègre, secrétaire du syndicat des instituteurs Il ne pouvait pas renier sa signature, il ne pouvait pas non plus la retirer ; il a donc dit qu’il approuvait la forme et le fond de la Lettre, mais pourtant qu’il n’avait été pour rien dans sa rédaction, et enfin qu’il n’avait signé que par ordre du syndicat. M. Briand lui a demandé si le syndicat était affilié à la Confédération générale du travail : il a répondu que non. Les agens des postes interrogés par M. Simyan, sous-secrétaire d’État, ont fait des réponses analogues : toutefois ils ont refusé de dire si leurs syndicats étaient affiliés à la Confédération, n’étant pas, ont-ils dit, autorisés à répondre sur ce point. Quant aux agens du ministère de l’Intérieur, ils ont déclaré à M. Clemenceau que leur signature avait été mise au bas du document, sans que celui-ci leur eût été communiqué et sans qu’ils y eussent donné leur adhésion. C’est fort bien, mais pourquoi ne l’ont-ils pas dit plus tôt ? Singulière passivité de syndicats qui se laissent compromettre sans protester, ou qui ne protestent que lorsqu’ils aperçoivent distinctement qu’ils sont compromis ! Tous ont cherché à atténuer la gravité de leur acte quelques-uns l’ont désavoué. Il convient sans doute du tenir compte à ces derniers de leur désaveu ; mais les autres ? Ils seront certainement déférés aux juridictions professionnelles compétentes, et des sanctions effectives seront prononcées contre eux. Attendons la fin cependant. Combien de fois n’est-il pas arrivé au gouvernement d’être énergique dans son langage et faible dans sa conduite ! Et combien