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régulier qui aurait pu fonctionner avec autorité, avec efficacité. Mais les bonnes volontés, même impuissantes, n’en étaient pas moins estimables et, au fond de l’âme, tout le monde leur rendait justice, dans le vague espoir qu’il sortirait de leur action quelque chose de bien. Maintenant tout est changé. Depuis la publication des papiers Montagnini, le soupçon s’attaque à ces dévouemens désintéressés qu’on appréciait plus favorablement naguère. M. Denys Cochin s’est vu obligé d’écrire une longue lettre pour expliquer et pour justifier sa conduite : il n’y a d’ailleurs pas eu beaucoup de peine. S’il a vu Mgr Montagnini, c’était à la suggestion de M. Dumay, alors directeur des Cultes. M. Dumay exprimait le désir que le Pape donnât l’institution canonique à quelques évêques qui avaient été nommés par le Président de la République sous le ministère de M. Combes. Le Concordat existait encore ; le gouvernement aurait donc été obligé d’accorder les décrets et de les notifier à Rome ; les rapports se seraient, en fait, trouvés repris. — Agissez dans ce sens, disait M. Dumay. — Et comment ? demandait M. Cochin. — Vous n’êtes pas sans savoir qu’il y a une nonciature à Paris. — Plus tard, M. Cochin s’est entremis dans l’intérêt de notre protectorat catholique en Orient : à quelque point de vue qu’on se place, qui pourrait l’en blâmer ? Mais on confond tout aujourd’hui, et il suffit qu’un homme public se trouve nommé dans les papiers Montagnini pour que certains journaux radicaux poussent des cris d’indignation et réclament l’intervention de la Haute Cour. Ne se moqueraient-ils pas de nous si nous croyions à leur bonne foi ?

Qu’y a-t-il de plus dans les papiers de Mgr Montagnini ? Ce diplomate avait l’habitude de prendre note de tout ce qu’il entendait dire, et cela sans choix ni discernement. Il suffisait qu’un ambassadeur ou un ministre étranger vînt le voir et causât un moment avec lui pour qu’il couchât toute la conversation par écrit. L’événement a prouvé qu’il ne se défiait pas assez ; mais pouvait-il croire qu’un juge d’instruction viendrait un jour fouiller dans ses papiers et surtout que, trouvant précisément ceux-là, il les retiendrait dans son dossier ? Un gouvernement qui aurait la moindre notion de son devoir tolérerait-il un pareil abus ? Il y a malheureusement lieu de croire que le notre ne s’est pas contenté de le tolérer, mais qu’il l’a ordonné. Jamais un juge d’instruction n’aurait pris sur lui seul une pareille responsabilité. Le gouvernement a distingué, dit-il, entre les papiers antérieurs à la rupture avec le Saint-Siège et ceux qui lui sont postérieurs : il a reconnu, ou plutôt attribué un caractère diplomatique aux premiers et