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sur lui à prix d’argent, en vue d’obtenir son concours ou de désarmer son hostilité. — Impossible, aurait dit finalement M. Piou à Mgr Montagnini ; cela coûterait trop cher. — Si un pareil propos a été tenu, il est naturel que M. Clemenceau en soit offensé ; mais M. Piou nie l’avoir tenu, et dès lors il n’y a plus rien. Cela ne fait pas l’affaire de M. Clemenceau ; il a besoin qu’il y ait quelque chose. Eh quoi ! on aurait violé le seuil de l’ancienne nonciature ; on aurait fouillé dans des archives qui ont, quoi qu’on en dise, un caractère diplomatique ; on aurait annoncé des révélations foudroyantes et fait naître dans l’opinion une curiosité intense, ardente, passionnée, et tout cela s’en irait en fumée ! La publication des papiers n’aboutirait qu’à un scandale stérile ! L’opinion pourrait se retourner contre le gouvernement et l’accuser de mystification ! C’est une pensée que M. Clemenceau ne peut pas supporter. Alors qu’a-t-il fait ? Il a accusé M. Piou d’avoir voulu, — qu’on nous pardonne un mot aussi vulgaire, — « taper » le Saint-Père en lui faisant entendre qu’avec beaucoup, beaucoup d’argent, on pourrait peut-être agir sur certaines consciences. Une fois en possession de cet argent, M. Piou, qui sait bien que M. Clemenceau est incorruptible, l’aurait employé à faire des élections. Et le tour aurait été joué. On nous permettra de nous étonner qu’un président du Conseil invente et serve au public de pareils contes à dormir debout. Peut-être trouverait-on quelques-uns de ces contes dans les papiers de Mgr Montagnini, mais il n’y en a aucun de cette force. M. Clemenceau exige trop de la créduhté de ses lecteurs ; il demande de trop grands sacrifices à leur bon sens. Son interprétation a fait sourire, et M. Piou n’a pas consenti à la discuter sérieusement. Alors son exaspération n’a plus connu de bornes, et nous devons renoncer à le suivre plus loin : ses invectives contre M. Piou ont pris un tel caractère que, politiquement, elles n’ont plus d’intérêt.

Le ministère, avons-nous dit, espérait trouver à l’ancienne nonciature la preuve qu’une conspiration avait été ourdie contre la République, à l’instigation du gouvernement pontifical. Le Pape ne peut pas se désintéresser des affaires de France ; de là à s’en mêler, il n’y a qu’un pas ; M. Clemenceau était convaincu que ce pas avait dû être imprudemment franchi. Cette conviction s’appuyait sur quelques vraisemblances. Nous ne sommes pas dans une situation normale : aussi le gouvernement pontifical s’est-il, non seulement préoccupé, mais occupé de nos élections plus directement que nous ne lui conseillerions de le faire en temps ordinaire. Les intérêts religieux qu’il représente n’ont rien à gagner à entrer chez nous dans la lutte des