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Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 38.djvu/92

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furent adressés sur leur attitude. Le comte de Welsersheimb, plénipotentiaire austro-hongrois, lui-même entendit critiquer sa « mollesse. » Et comme le bruit courait déjà que les vues françaises sur la police seraient exposées, le lundi 5, par M. Bacheracht, second délégué de la Russie, M. de Radowitz s’en plaignit au comte Cassini sur un ton si vif que le plénipotentiaire russe, sortant de son calme habituel, lui répliqua très vivement que son pays n’avait pas d’ordres à recevoir et qu’il exprimerait, quand et comme bon lui semblerait, son avis sur toutes les questions. Cette riposte directe, qu’accentua M. White en signalant à M. de Radowitz la lourde responsabilité que prendrait l’Allemagne si elle semblait vouloir retarder la discussion et entraver l’entente, porta-t-elle ses fruits ? On pourrait le croire. Car ce même jour, un peu avant le dîner, M. de Tattenbach venait voir M. Révoil. Il l’accablait, comme de coutume, « de protestations, d’offres et de sermens ; » puis, brusquement, il lui proposait de s’entendre sur la banque dans des conditions d’ailleurs très discutables. Le jeu était facile à percer. Si M. Révoil, séduit par la possibilité de conclure immédiatement sur la banque, avait dit oui, jamais la police, dont M. de Tattenbach ne soufflait mot, ne fût devenue objet d’entente ni même de discussion. Du même coup, la négociation directe aurait été renouée, et cela, le soir même du jour où nous avions prié la conférence de discuter et de se prononcer. Nous nous serions déjugés, en marquant à son endroit une impertinente versatilité. M. Révoil ne pouvait donc accueillir l’offre de M. de Tattenbach. Il devait même lui faire comprendre que l’heure était passée des conversations officieuses. M. de Tattenbach, sans avoir rien obtenu, se retira en renouvelant ses assurances d’amitié et de bonne volonté.

A la séance suivante, — on en trouvera, et je n’y insiste point, le compte rendu dans le Livre Jaune, — la discussion s’engagea sur la police. Tour à tour, M. Bacheracht, M. Révoil et M. Perez Caballero, second délégué de l’Espagne, soutinrent par de nombreux argumens la solution franco-espagnole. M. de Radowitz se contenta de répondre par un non possumus, en annonçant le dépôt d’un projet aux termes duquel « toutes les puissances signataires, étant également intéressées à l’organisation de la police, devraient être appelées à y prendre part. » L’impression, après ce premier débat, ne fut pas bonne pour l’Allemagne. « J’ai eu honte pour les Allemands, » disait un secrétaire