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Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 38.djvu/714

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710 REVUE DES DEUX MONDES.

tuné a cru qu’en se montrant il calmerait des colères dont il ne démêlait pas la cause : il a été d’abord lapidé, puis lardé de coups de poignard, et son corps allait être brûlé lorsque les soldats duMaghzen se sont enfin montrés, trop tard comme d’habitude. Si l’incident n’était pas aussi triste en lui-même, nous demanderions ce qu’ils en pensent à ceux qui, comme M. Jaurès par exemple, jugeaient facile d’opérer la pénétration pacifique du Maroc avec des conférences et des dispensaires. A les entendre, les missionnaires gâtaient tout par leur fanatisme, et les militaires par leur brutalité: parlez-nous, disaient-ils, des savans qui n’apparaissent aux populations qu’avec le flambeau de la vérité dans une main et des bienfaits dans l’autre ! Le docteur Mauchamp était un de ces savans : son caractère ne l’a pas préservé de la rage farouche des indigènes. Que ne dirait-on pas s’il avait porté un froc de moine ou une tunique [de soldat I II est malheureusement vrai que tous les Français au Maroc sont en ce moment l’objet d’une hostihté qui ne distingue pas entre eux. La mort du docteur Mauchamp est un avertissement pour tous les autres : de là vient l’émotion qu’elle a produite à Tanger dans toute la colonie française, et, d’une manière plus générale, dans toute la colonie européenne, car il y a là, bon gré mal gré, une soUdarité étroite entre tous les étrangers. On l’a bien vu à Marakech même. La foule qui venait d’assassiner M. Mauchamp s’est précipitée sur le vice-consulat anglais qu’elle a heureusement trouvé ’sur la défensive. Des actes pareUs montrent à quel point est fragile la sécurité des Européens au Maroc.

Nous ne doutons pas que le gouvernement} de lia République montrera jusqu’au bout dans cette circonstance la fermeté qu’il n’a pas toujours eue dans toutes. L’opinion est avec lui. Le meurtre du docteur Mauchamp est un crime odieux : s’il n’en était pas fait justice, ce serait un redoutable recul de la ciiaUsation devant la barbarie. Les représentans des puissances à Tanger l’ont compris. Dès que la mort de M. Mauchamp a été connue, ils ont tous fait auprès de notre ministre, M. Regnault, des démarches pour lui exprimer, en même temps que leur sympathie, l’horreur que leur inspirait le tragique incident de Marakech. Jl ne peut, en effet, y avoir ici qu’un sentiment. Ce n’est un secret pour personne que toutes les puissances ne suivent pas une politique commune au Maroc. A ce point de vue, les espérances qu’on avait peut-être conçues à Algésiras ont été bien vite dissipées. Mais en présence des faits quiiénnent de se produire, toutes les divergences doivent disparaître pour faire place à une même