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parole, il l’a tenue ; il s’apprête à recommencer l’expérience qui a été manquée une première fois. Quand M. Goremykine a dissous l’ancienne Douma, il y a tout lieu de croire qu’il n’avait pas l’intention d’en réunir une autre. M. Stolypine est arrivé au pouvoir avec des vues différentes, et y a conformé sa conduite. Sans doute, il n’a pas été vainqueur dans les élections ; mais qui donc l’a été ? S’il y avait un parti évidemment vainqueur, la question se poserait de savoir s’il ne faudrait pas lui donner le pouvoir. Malheureusement, ou peut-être heureusement, aucun n’a remporté une victoire telle que les autres soient obligés de s’incliner devant lui : raison de plus pour transiger, comme nous l’avons déjà dit. Et au surplus, rien ne serait plus redoutable pour la Russie que la prédominance absolue d’un seul parti, que ce fût celui de la droite ou celui du centre, celui du gouvernement ou celui des cadets. Nous ne parlons pas de la gauche socialiste : son triomphe serait la révolution pure et simple.

Une majorité est pourtant nécessaire dans une assemblée : il s’en est tout de suite formé une pour la constitution du bureau. M. Golovine était le candidat des cadets à la présidence. On a vu dès la première minute qu’il ne pouvait pas avoir de concurrent sérieux, et la droite s’est abstenue de lui en opposer un : elle s’est contentée de voter contre lui. Il a été élu par 356 boules blanches contre 102 noires, ce qui lui donne, comme entrée de jeu, une incontestable autorité sur l’assemblée. C’est un homme dans toute la vigueur de l’âge, et qui a déjà fait ses preuves : on s’accorde à louer la fermeté et la courtoisie de son caractère. L’élection du reste du bureau a été plus difficile et a donné lieu à beaucoup de conciliabules. Deux traits caractérisent l’opération : le parti du travail a fait passer un de ses candidats à la vice-présidence, et la droite n’a réussi à faire passer aucun des siens, même au secrétariat. Ce n’est pas la faute des cadets ; ils ont fort bien compris qu’il aurait été convenable, et politiquement utile, de donner au bureau une place à la minorité ; ils ont fait des efforts pour la lui assurer, mais ils n’y ont pas réussi. La volonté des partis de gauche l’a emporté sur la leur. Cette exclusion absolue des groupes de droite est un fait regrettable, mais ne préjuge pas l’avenir. Peut-être était-il difficile qu’elle ne se produisit pas le lendemain des élections, à un moment d’ailleurs où les intentions du gouvernement sont inconnues, où les partis ne sont pas encore définitivement classés et où, à vrai dire, tout est incertain. Mais si les gauches ont voulu, au point de départ, faire preuve de force, la démonstration est complète.