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répondit en maintenant l’absolue vérité de ce qu’il avait dit. Plus énergiquement que jamais, il fit valoir la compétence que lui conférait sa qualité d’indigène de Formose. Entre le témoignage d’un homme né dans l’île, d’un descendant direct du prophète Psalmanazar, et ceux d’un prêtre hollandais ou d’un misérable Jésuite, quel lecteur un peu raisonnable aurait pu hésiter ? Et notre subtil logicien, dans cette préface nouvelle, se prévalait encore d’un autre argument, qui allait achever de trancher le débat à son avantage. « Si j’avais voulu parler d’un sujet que je ne connaissais point, disait-il, est-il vraisemblable que j’eusse pris le contre-pied de tous les auteurs qui, avant moi, en avaient parlé ? Le fait même que je ne suis d’accord, sur aucun point, avec le livre de Candidius, ce fait seul établit suffisamment ma véracité, sans que j’aie besoin d’entrer dans des discussions qui risqueraient de déconcerter ou d’ennuyer mes lecteurs. »

Désormais, l’autorité de Psalmanazar était si fortement assise, en Angleterre, que personne ne s’avisa plus de la contester. Après six mois de séjour à Oxford, le jeune homme revint à Londres, où, pendant plus de vingt ans, jusqu’en 1728, il continua de fréquenter les grands seigneurs et les gens de lettres, sans autre occupation que de jouir des profits inépuisables que lui rapportaient son origine formosane et sa conversion à l’anglicanisme. Il en aurait joui plus longtemps, et jusqu’à la fin, si, durant cette année 1728, une aventure tout à fait imprévue et bizarre ne lui était arrivée.

Au cours d’une maladie grave, brusquement, ce prodigieux mystificateur fut saisi de remords. Son aplomb intrépide fléchit tout d’un coup, à la perspective d’avoir bientôt à subir l’interrogatoire d’un juge que les plus habiles gasconnades ne parviendraient pas à tromper. Et quand ensuite il put se relever, complètement guéri, rien ne subsistait plus en lui du naturel de Formose. Renonçant à la grosse pension que lui faisait, jusqu’alors, un groupe d’évêques et de dames pieuses, il alla se cacher dans un faubourg de Londres, et ne vécut plus que de besognes anonymes pour les éditeurs, besognes où il mit toujours une conscience et une application admirables. Il écrivit ainsi, pour l’éditeur Palmer, une savante et précieuse Histoire de l’Imprimerie : mais en exigeant de Palmer qu’il la signât de son nom. Dans le Système Complet de Géographie de Bowen, dont il rédigea la plus grande partie, il demanda expressément à être chargé des chapitres relatifs à la Chine et au Japon, afin de pouvoir rétracter ses mensonges sur Formose. Avec une sévérité légitime, mais qui n’en reste pas moins infiniment touchante, il engagea le lecteur anglais à