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Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 38.djvu/454

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Qu’est-ce qu’un mariage contracté avec la pensée qu’on en pourra rejeter le lien, dès qu’il aura cessé de plaire ? Ne contient-il pas en lui-même le germe de sa destruction ? Résistera-t-il à la première épreuve ? Telle est la question que se pose M. Hermant dans les Jacobines. Il y répond avec une austérité qu’aucun écrivain de théâtre n’avait encore eue à ce degré. D’après lui, ces unions passagères diffèrent à peine des unions libres ; et la législation actuelle du mariage ressemble fort à une réglementation de l’adultère. Elle a créé chez nos contemporaines un état d’esprit qu’il appartient au moraliste d’analyser. Il y a, paraît-il, des femmes qui ont la manie du divorce. Elles collectionnent les maris. En prenant celui d’aujourd’hui, elles songent déjà à celui de demain. À peine mariées, elles se fiancent ; fiancées, elles se remarient ; remariées, elles divorcent à nouveau, pour recommencer de nouvelles épousailles… et ainsi de suite. Ce sont des personnes qui ont le goût du changement avec le respect de la légalité.

Pour nous présenter ces « divorceuses, » M. Abel Hermant devait faire choix d’un milieu où il fût naturel de les rencontrer. Ce ne pouvait être ni l’aristocratie de vieille roche, ni la bourgeoisie traditionaliste, ni aucune partie du monde catholique où le divorce n’est pas admis. Mais il y a une nouvelle couche sociale, que les jeux de la politique ont fait affleurer et dont l’accès à la vie brillante coïncide avec l’avènement delà démocratie. C’est ce monde officiel que nous peint M. Hermant et le tableau qu’il en trace n’est guère séduisant. On y a, nous raconte-t-il, des places, des titres, des honneurs, des faveurs et tout ce qu’on peut attendre de l’amitié des ministres. On a de la hauteur et de la morgue, comme en avaient les privilégiés d’autrefois. On a cette arrogance commune à tous ceux qui savent qu’ils tiennent le haut du pavé, qu’ils peuvent se permettre n’importe quoi et qu’ils sont assurés de l’impunité. On a de l’argent, des sinécures ou des bénéfices ; mais quelles mœurs, quels sentimens, quel langage ! On a le désir des jouissances, sans en connaître l’art. On étale sa grossièreté dans des cadres façonnés par les élégances de jadis. Dans des décors de châteaux historiques et dans des robes faites par le grand couturier, on s’injurie comme des crocheteurs et comme des filles… En est-il réellement ainsi ? Est-ce un portrait qu’a dessiné M. Hermant ? Est-ce une caricature ? Je l’ignore, et n’ayant aucun moyen de contrôle, je m’abstiens d’en juger. Mais, si M. Hermant dit vrai, quel monde !

Nous sommes au premier acte chez une Mme Le Mesnil, qui est une grande dame de la troisième République et ne saurait manquer de s’occuper de philanthropie. Car il sied à une femme de faire le bien,