Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 38.djvu/436

Cette page n’a pas encore été corrigée


La maison sociale supplée la famille, elle ne s’y substitue pas. Bien au contraire. La valeur de la famille dépendant de la valeur de ceux qui la composent, elle s’efforce, par le développement physique, intellectuel et moral des enfans et des parens, de la rendre saine, honnête et unie.

Mais trop souvent la famille a besoin pour être reconstituée et maintenue, non seulement de secours moraux et intellectuels, mais de secours médicaux et matériels. On sait avec quelle facilité meurent dans les grandes villes les petits enfans, dans quelle proportion croît le nombre des petits tuberculeux, quelles misères accompagnent les grossesses et les accouchemens des femmes du peuple. Certes on a multiplié un peu partout les « gouttes de lait, » les dispensaires et les œuvres antituberculeuses, les sanatoriums, les services de maternité et de protection du bas âge. Mais la plupart de ces œuvres ne sont utiles que pour une seule période et contre un seul danger. Les unes reçoivent la mère pendant ses couches, mais ne s’occupent pas du nouveau-né ; les autres fournissent du bon lait au nouveau-né, mais ne s’intéressent pas à la mère ; or, que la mère accouche chez elle ou à l’hôpital, la famille se trouve toujours, par le fait de la maternité, désorganisée ou compromise. Enceinte, la femme est moins vaillante, et par là moins capable de travailler. Les ressources diminuent. Parfois elle perd son travail ou sa place. Que deviennent le mari et les autres enfans, si la femme accouche à l’hôpital ? Si elle accouche chez elle, n’est-ce pas la vie même du nouveau-né et la sienne mises en péril par suite d’une hygiène déplorable ? Si elle nourrit elle-même, les fatigues auxquelles l’obligent la tenue de son ménage et souvent le travail qu’elle accomplit au dehors ne gâteront-elles pas ou ne tariront-elles pas son lait ? Si elle ne peut nourrir, quel lait appauvri prendra son bébé ?

Il existe à Plaisance, depuis janvier 1901, au 63 de la rue Vercingétorix, dans un quartier uniquement ouvrier, où en l’année 1900 la tuberculose pulmonaire et la bronchite chronique faisaient 579 victimes, soit 91 par 10 000 habitans, une œuvre, qui s’appelle l’Assistance maternelle et infantile. Cette œuvre a été fondée par Mlle Chaptal. Au reste, dans un court espace qui va de la rue Vercingétorix à la rue Guilleminot, on rencontre, créés par Mlle Chaptal, une maison ouvrière, à trois étages, qui contient douze appartenons hygiéniques, commodes, aérés,