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Au reste, chaque maison sociale, s’adaptant aux besoins du quartier où elle est installée, a son originalité propre. Celle de Ménilmontant, qui occupe de vastes bâtimens, a organisé un abri où elle recueille les petites filles de trois à quatorze ans pendant une maladie des parens, un chômage forcé. Ces petites filles, les auxiliaires les conduisent à l’école, et, les jours de congé, chez leurs parens. A côté de l’abri se trouve la Maison de famille. Là, dans des chambrettes, habitent des jeunes filles qui travaillent à l’atelier de lingerie, — car la maison sociale a créé un atelier de lingerie. On y confectionne de la lingerie très fine, des broderies très belles ; les travailleuses participent aux bénéfices ; la durée de la journée ne dépasse pas neuf heures et demie, coupées par une heure un quart pour le déjeuner et quinze minutes à quatre heures pour le goûter ; le salaire moyen est de trois francs, sans qu’il y ait jamais de morte-saison. A Montrouge, la maison sociale a pour elle seule deux jolis pavillons avec un petit jardin. Ici la population est plus régulière, presque bourgeoise : aussi les cours de musique attirent-ils de nombreux élèves. Un cercle charitable de jeunes filles y a organisé une coopération de bienfaisance. L’abri qui est à Ménilmontant était d’abord à Montrouge. Quand il eut émigré à Ménilmontant, on en constitua un autre réservé aux petits garçons.

Le Secrétariat de la rue des Beaux-Arts est lui aussi une maison sociale. Sans doute, comme tout secrétariat, il recueille les adhésions, les cotisations, les dons, envoie les circulaires, les convocations, fournit tous les renseignemens, place des sans-travail. Mais, à force de recevoir des hommes et des femmes sans place, les membres du Secrétariat ont cherché un remède plus immédiat. Ils ont commencé par confier, au dehors, comme on dit, quelques besognes de couture. Puis, en 1904, ils ont obtenu de la Croix-Rouge française des commandes de draps, de chemises, de tabliers, de blouses, et ils ont distribué l’ouvrage. Ils ne se sont pas arrêtés là ; ils ont couru les magasins de nouveautés et trouvé encore de l’ouvrage. Enfin il s’est formé une manière de cercle féminin qui comprend soixante-dix-huit étudiantes. Etudiantes, je dis bien, qui sont venues à Paris faire des études supérieures, qui étaient sans relations, isolées, et qui souhaitaient un petit foyer. Elles ont au Secrétariat une salle de travail, une bibliothèque, elles y travaillent, font de la musique, se distraient. Certaines y habitent même complètement.