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Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 38.djvu/42

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ce que l’on dit, y semble aussi qu’il ait lu l’hébreu, et ce qui est certain, c’est que, dès qu’il emprunte des « exemples » à l’Histoire Sainte, on sent une assurance en lui qui ne se retrouve chez aucun de ses contemporains. Par malheur, l’intérêt qu’on prendrait à le lire est trop souvent interrompu ou gâté par l’absurdité des rêveries qu’il mêle à ses raisonnemens et, d’autre part, on ne peut pas dire qu’il écrive mal, mais il n’écrit pas bien. Il a parfois d’heureuses expressions, et on en a vu quelques exemples, mais il ne sait pas faire ou « construire » une phrase, et pour l’entendre, il faut commencer par la « ponctuer » à nouveau. C’est sans doute pourquoi sa réputation ne lui a pas beaucoup survécu. Il semble bien que l’on ait continué de le lire : je serais surpris que Hobbes, que Spinoza, que Bossuet ne l’eussent pas lu. Mais on le lit en tout cas sans le dire, et nous le verrons rarement cité.

Il n’y a pas lieu d’en appeler, ou de le « réhabiliter, » puisqu’il est devenu assez indifférent à tout le monde pour que personne ne l’attaque ; mais il n’y a même pas lieu de le louer au-delà de ce que l’on fait communément dans nos Histoires. Il faut seulement lui faire sa place. Ecrivain français, Jean Bodin, Angevin, dans ce siècle où tout le monde est Angevin ou Tourangeau, est à l’origine de tout un « mouvement d’idées » et même de ce qu’on appelle un « grand courant littéraire. » Autre rapport encore à signaler avec Henri Estienne et Amyot. Son rôle, à lui aussi, a été d’un savant « vulgarisateur, » et le genre d’intérêt que les autres ont su éveiller pour l’expression littéraire des « idées morales » ou des « questions philologiques, » Bodin l’a éveillé pour les « idées politiques. » C’est aussi pourquoi, considérée à distance, et d’un peu haut, leur influence à tous trois a été de la même nature. Ils ont essayé de faire comme un choix, une « sélection, » une anthologie, si je puis ainsi dire, des leçons de l’antiquité. Quelles sont, parmi les institutions des Grecs ou des Romains, celles qui peuvent nous convenir encore ? ou parmi les préceptes de leur morale ? ou parmi les leçons de leur rhétorique ? Et, à la question ainsi posée, d’une manière en quelque sorte tout utilitaire et pratique, ils ont répondu en insinuant, dans la discussion de ces leçons, beaucoup plus de critique, et de liberté, par conséquent, que n’avaient fait les deux ou trois générations précédentes. C’était un pas considérable, et nous l’avons dit, rien n’a plus nui à la réalisation des