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l’avait indiqué, dans un passage, le passage Étienne-Delaunay ; mais tout aussitôt je rebroussai chemin. Assurément, je me trompais, je m’égarais ;… les maisons qui se dressaient là étaient misérables, bancales, tout de travers, basses, écrasées. Un homme me regardait ; je l’interrogeai :

— L’Union familiale ?

Il tendit la main, et me montra, au fond d’une petite cour qu’une barrière de bois séparait du passage, une sorte d’atelier de menuisier. Je tirai le cordon de la sonnette ; une fillette d’une quinzaine d’années vint ouvrir ; par la porte, j’aperçus, à gauche, en contre-bas, une salle où des enfans, assis à une table, jouaient paisiblement ; à ma droite un petit hangar vitré avec un sol inégal et creusé de grands trous. Étonné, j’attendis quelques instans, puis je fus introduit auprès de Mlle Gahéry.

Dans une pièce ridiculement étroite où l’on étouffait, et seulement éclairée par un vasistas, une femme, petite, brune, à peine grisonnante, était assise à une table chargée de papiers. Mlle Gahéry rentrait de l’Exposition de Milan. Oh ! elle n’avait rien tout d’abord qui la désignât d’une façon particulière à l’attention : une figure ronde, des cheveux relevés sur le front, un vêtement sombre, l’air tranquille d’une de ces petites bourgeoises qu’on croise dans la rue à chaque instant et qu’on ne suppose jamais préoccupées d’autre chose que de leur ménage. Deux chaises, un bureau composaient tout l’ameublement. Sur une lampe à esprit-de-vin demeurait encore la casserole où avait cuit le café au lait du matin. Je dis à Mlle Gahéry que j’ignorais tout de son œuvre, sauf le nom qu’elle lui avait donné, que je ne voulais rien en apprendre par les livres ou les brochures, et que je désirais la connaître d’elle seule. Alors seulement je vis ses yeux. Je ne les avais pas encore vus ; tandis que nous n’échangions que de banales paroles, ils me paraissaient tels que tous les yeux. Maintenant elle parlait de son œuvre, l’exposait, la résumait : ils avaient une flamme soudaine, ils étaient vifs, lumineux et pleins de bonté. Elle était toute simple, derrière sa table, dans ce réduit, s’exprimant d’une voix douce et ferme, et cependant, elle ne ressemblait à aucune autre femme. — Ce n’est pas une œuvre très compliquée, dit-elle, que l’Union familiale. Ce que nous voulons, c’est reconstituer la famille, et vous savez que, dans ces quartiers populeux, la famille n’existe guère. Quatre principes dirigent notre action :